Attaque chimique en Syrie : le rapport déclassifié de la Maison Blanche

©Photo Olivier Douliery-Pool/Getty Images
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SSi Donald Trump avait fait l’éloge de Vladimir Poutine lors de sa campagne électorale et au début de son mandat, les choses semblent avoir bien changé depuis. Dans un rapport qui a été déclassifié ce mardi 11 avril, la Maison Blanche réaffirme sa certitude que le gouvernement syrien a bel et bien mené l’attaque à l’arme chimique du 4 avril 2017, au nord-ouest de la Syrie, faisant plus de 80 morts dont des dizaines d’enfants. Pour la communauté internationale, il ne fait en effet aucun doute quant à la responsabilité du régime de Bachar Al-Assad dans ce bombardement, à l’image de François Hollande qui avait d’ailleurs dénoncé un « crime de guerre ». Dans ce rapport déclassifié, basé sur les informations fournies par les services de renseignements américains, la Maison Blanche va plus loin en accusant les régimes syrien et russe de conjointement brouiller les pistes à travers de la désinformation.

La responsabilité de Bachar Al-Assad affirmée

« Il semble que Damas ait lancé cette attaque chimique en réponse à une offensive de l’opposition, dans le nord de la province de Hama, qui menaçait une infrastructure clé. Les officiers supérieurs de l’armée du régime étaient probablement impliqués dans la planification de l’attaque. » peut-on lire au début de ce rapport, dans lequel il est affirmé à plusieurs reprises que la nature chimique de l’attaque n’est pas contestable face à l’étendue des preuves matérielles et des témoignages rapportés. Le rapport appuie sur la cohérence de ces faisceaux d’indices, en entrant dans les détails du déroulé de l’attaque (heures, lieux, sources).

D’après les renseignements de la Maison Blanche, cette attaque était préparée par le régime de Bachar Al-Assad depuis quelques temps déjà. « Nos informations indiquent que l’agent chimique a été livré par un avion (…) qui a décollé de l’aérodrome de Shayrat, contrôlé par le régime. […] En outre, nos informations indiquent que le personnel historiquement associé au programme d’armes chimiques de la Syrie était à l’aérodrome de Shayrat fin mars, préparant une attaque prochaine dans le nord de la Syrie, et ils étaient présents à l’aérodrome le jour de l’attaque. »

Concernant le régime de Damas, le rapport de la Maison Blanche pointe du doigt un manquement aux obligations internationales. En 2013, une attaque au gaz sarin perpétrée par le régime, dans la province de Damas, avait entraîné la mort de plus d’un millier de civils. Suite à cette attaque, le régime s’était engagé sous la pression des accords internationaux à démanteler son arsenal d’armes chimiques. Selon la Maison Blanche, cette attaque du 4 avril ainsi que d’autres qui ont précédées forment une énième preuve que le programme de démantèlement de cet armement chimique n’a jamais été appliqué, ce qui constitue « une violation de ses obligations compte tenu de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et de la Charte des Nations Unies. »

Cette assertion se base notamment sur une enquête de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, sous le mandat de l’ONU, avait mis au jour l’utilisation notamment de gaz de chlore par l’armée syrienne, au nord de la Syrie, en 2014 et 2015.

Le rapport affirme aussi la véracité des vidéos et photos de l’attaque, réfutant l’idée que ce serait une mise en scène fomentée par l’opposition rebelle : « Nous sommes certains que l’opposition n’aurait pas pu fabriquer toutes les vidéos et autres preuves d’attaque chimique. Pour éviter la détection [d’un trucage], cela aurait nécessité une campagne hautement organisée pour tromper les différents médias et les organisations de défense des droits de l’homme. » […] « Il est clair (…) que l’opposition syrienne ne pouvait pas fabriquer cette quantité et cette variété de vidéos et d’autres rapports provenant à la fois du lieu de l’attaque et des sites médicaux en Syrie et en Turquie, tout en trompant les observateurs des médias et des agences de renseignements. »

En effet, selon Poutine, c’était l’opposition qui avait déclenché l’attaque chimique, afin de faire accuser le régime syrien. Il avait parlé d’une « provocation » visant à impliquer Assad.

La réfutation des « faux récits » de Moscou et Damas

Les allégations du régime russe sont d’ailleurs la cible principale de ce rapport de la Maison Blanche, qui évoque une désinformation et des « faux récits » dans le but de détourner l’attention de la communauté internationale à propos des véritables responsables.

Les États-Unis accusent donc la Russie de couvrir le régime syrien, en faisant systématiquement accuser les rebelles de l’opposition à la place. Mais le rapport pointe le manque de crédibilité de ces allégations. Plusieurs exemples sont cités. En novembre 2016, la Russie aurait utilisé des images de l’attaque chimique perpétrée en 2013 par le régime d’Al-Assad lui-même… pour démontrer l’utilisation d’armes chimiques par l’opposition. Un autre exemple cité est qu’en mai 2016, ce sont tout bonnement des images d’un jeu vidéo qui auraient été utilisées pour faire croire à l’utilisation d’armes chimiques par l’opposition.

« Les rapports contradictoires et erronés émis par la Russie semblent être destinés à rendre la situation confuse, et à obscurcir le rôle du régime [dans ces attaques]. » conclut sur ce point la Maison Blanche.

Le rapport précise que « la réponse de Moscou à l’attaque du 4 avril suit un schéma familier de ses réponses à d’autres actions flagrantes […] Il émet des interprétations multiples et contradictoires pour créer de la confusion et semer des doutes au sein de la communauté internationale. » Et de rajouter que cette stratégie de la Russie visant à trouver en permanence des excuses à son allié syrien rendrait le monde « plus dangereux ».

En fin de document, la Maison Blanche dénonce alors les vétos émis par la Russie lors des Conseils de Sécurité de l’ONU ; des vétos qui ont empêché « d’aider à rectifier la situation », concluant que l’utilisation des armes chimiques par le régime syrien « ne doit plus être permise. »

Pour consulter le rapport : Syria-Chemical-Weapons-Report-White-House[:]

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