Les vacances de la Toussaint devaient être un bon baromètre de la santé du tourisme français. Les chiffres publiés ces derniers jours racontent pourtant deux histoires presque opposées : les agences de voyages traditionnelles enregistrent un recul de leurs ventes, tandis que les plateformes de location et d’hébergements insolites affichent une demande stable, voire en légère hausse chez certains profils de voyageurs. Comment expliquer ce grand écart ?
Selon les données d’EDV-Orchestra, les réservations effectuées via les agences et tour-opérateurs reculent de 2,6 % par rapport à l’an dernier, pour un volume d’affaires en baisse de 4,7 %. Le panier moyen s’établit à 2 238 euros, en retrait de 2,1 %. Les familles dépensent en moyenne 2 493 euros (41,9 % des ventes) et les couples 1 801 euros (41,4 % des ventes). Le littoral concentre toujours l’essentiel de la demande, avec 74,2 % des recherches de location, loin devant l’étranger (9,3 %), la campagne (6,8 %) et la montagne (4,5 %). Déjà évoqué dans notre article sur le recul des ventes d’agences en septembre, ce tassement se confirme donc à la Toussaint.
À l’inverse, le baromètre de la plateforme de location GreenGo dessine un tableau plus favorable. Les courts séjours dominent largement : plus de 75 % des réservations concernent un petit week-end (48 %) ou un long week-end (30 %), les séjours d’une semaine ne représentant que 22 % des nuitées. Les couples portent l’essentiel de la dynamique, avec 62 % des réservations, devant les groupes (18 %) et les familles (17 %). Les hébergements insolites et les gîtes se partagent la majorité des nuitées, à 44 % et 43 % respectivement, loin devant les chambres d’hôtes (10 %). Selon la dirigeante de la plateforme, la progression de la durée moyenne de séjour et du budget serait même plus marquée chez les couples que chez les familles.
Le paradoxe s’explique largement par un changement de canal de réservation plutôt que par une baisse réelle de l’envie de partir. Les voyageurs réservent de plus en plus tard, directement auprès des propriétaires ou via des plateformes spécialisées, et délaissent les forfaits classiques vendus par les agences. Cette tendance, déjà observée pour les vacances de septembre, se confirme à l’automne : les Français ne renoncent pas à voyager, ils changent la façon dont ils réservent et répartissent leur budget.
Certaines régions tirent clairement leur épingle du jeu. L’Ille-et-Vilaine enregistre une hausse de 26,6 % des demandes de location et la Manche Nord progresse de 20,8 %, tandis que la Côte d’Azur recule de 11 % et le Languedoc de 10,3 %. Les parcs d’attractions proches de Paris profitent eux aussi de la tendance aux courts séjours, avec des hausses de fréquentation spectaculaires à Serris et Montévrain. Cette répartition confirme l’analyse développée dans notre article sur les recettes touristiques records malgré un budget serré : le tourisme français reste dynamique, mais les arbitrages budgétaires des ménages redessinent la carte des destinations gagnantes.
Pour les ménages qui doivent surveiller leur budget, ce rééquilibrage se traduit par des séjours plus courts, plus proches et réservés plus tardivement. Pour les professionnels du tourisme, il impose de s’adapter à une demande plus volatile et davantage captée par les plateformes directes que par les canaux traditionnels.
Parce que les voyageurs réservent davantage en direct, via des plateformes de location ou auprès des propriétaires, plutôt que par des forfaits classiques. La demande touristique reste présente, mais elle change de canal.
Le littoral reste privilégié, avec des progressions marquées en Ille-et-Vilaine et dans la Manche Nord, tandis que des destinations plus urbaines comme l’Ardèche ou des zones proches de Paris attirent aussi les courts séjours.
Les hébergements insolites et les gîtes se partagent la majorité des réservations, loin devant les chambres d’hôtes, signe d’une recherche de nature et de dépaysement sur de courtes durées.
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