Tribune • Après avoir assisté à une scène de violence, j’ai un sentiment d’injustice

Photo ©Martin Bertrand / HansLucas

HHier soir, je suis sorti avec quelques amis dans la petite ville bretonne où j’ai grandi.  Alors que nous nous rendons vers une heure du matin dans la rue où se trouvent de nombreux bars ouvrant jusque tard le soir, nous assistons à une scène d’une extrême violence dans une ruelle adjacente. Une dizaine de personnes sont en train de passer à tabac un homme seul jusqu’à ce qu’il ne puisse plus se débattre. Je me souviens encore que le bruit des coups successifs résonnait tel une mitraillette.

Cette scène à laquelle nous assistons n’a duré que quelques secondes. Les agresseurs s’en vont, laissant l’homme allongé sur le sol au milieu de cette ruelle, le visage couvert de plaies.  Nous allons le chercher, nous nous assurons de son état de santé puis nous le raccompagnons à proximité de son domicile. En chemin, nous remarquons que cet homme n’était pas accompagné et qu’il avait beaucoup de mal à parler français. Une cible idéale pour des personnes cherchant à assouvir un désir de violence leur prouvant que leur testostérone est bien présente ?

J’ai déjà assisté à des scènes de violence que ce soit durant des virées nocturnes ou dans l’exercice de mon métier de photojournaliste au coeur de certaines des manifestations les plus chaudes de France, mais pourtant.

Assis ensuite à la terrasse d’un bar, une bière en face de mon nez, je suis pensif et mes amis remarquent très vite que quelque chose me tracasse. En effet, je suis choqué par l’excès de violence auquel j’ai assisté, indigné par l’injustice que représente le fait qu’un homme faible puisse être agressé de la sorte en toute impunité. Par dessus tout, je suis profondément rongé par mon impuissance par rapport ce à quoi je viens d’assister.

Photo ©Martin Bertrand / HansLucas

Mes amis me répètent « Martin arrête de te prendre la tête, ce genre de choses arrive tous les weekends. » Il est vrai que les faits divers relatant des agressions dans cette ville très touristique de 10 000 habitants sont récurrents. Pour autant, j’estimais que ça ne justifiait en rien ce qu’il venait de se passer.  Est-ce parce que la peine de mort a été pratiquée depuis la nuit des temps qu’on l’a pour autant laissée se perpétuer dans notre pays ?

Un nouvelle interrogation intervient alors : que fait la police ? Que font ceux qui peuvent se vanter d’avoir le titre de « Gardien de la Paix » ? Je ne peux pas répondre clairement à cette question, mais je peux constater que depuis de nombreuses années la situation n’a pas évolué.

C’est alors qu’un ami m’interpelle en rigolant : « il aurait fallu voter Marine Le Pen. » On sera tous d’accord pour dire que ce n’est pas la solution mais, quand on y réfléchit bien, on peut en effet trouver une explication très politique derrière ce vote. On est maintenant tous au courant que les forces de l’ordre votent massivement pour le Front National, mais peut-être est-ce seulement parce qu’ils souhaiteraient pouvoir rendre une vraie justice, pouvoir garantir une sécurité réelle aux citoyens ; c’est-à-dire faire leur métier et non donner l’illusion qu’ils le font.

Qu’ont fait de concret Valls, Cazeneuve, Fekl (et Gérard Collomb ?) en tant que ministres de l’intérieur ou patrons des forces de l’ordres, pour améliorer la sécurité des Français au quotidien ? J’utilise le terme de « patron » car on peut parfois se demander s’il n’y a pas une logique de rendements dans la manière dont les forces de l’ordre sont dirigées.

Ces dernières années, on a souvent eu l’impression qu’ils agissaient comme des esclaves de décisions politiques, notamment durant les mouvements sociaux pendant lesquels ils opéraient davantage comme des outils de répression plutôt que comme des garants de la sécurité. Par conséquent, ont-ils réellement maintenu la paix dans ces situations et justice a-t-elle rendu ? En écrivant cela, je ne cherche pas à reprocher quelque chose aux policiers en général, mais peut-être que ceux qui leur donnent leurs ordres devraient, pour le bien de tous, se poser les bonnes questions pour que les choses se passent de façon logique au lieu de n’en donner que l’illusion.

Si je prends le temps de vous faire partager mon sentiment d’impuissance, c’est car moi, simple citoyen, je ne peux faire irruption dans la vie politique de mon pays qu’une fois tout les cinq ans. Donc je réclame simplement que « Paix » et « Justice » ne soient plus des mots de communication électorale, mais plutôt un ressenti commun.

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Martin Bertrand

Martin Bertrand est photographe et photoreporter professionnel. Il publie dans des titres de presse tels que Vice ou Le Monde, et participe aussi à WIDE. Il est lauréat du Prix François Chalais du Jeune Reporter 2015.
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