Le Canal+ de Bolloré : quelle est l’ampleur du désastre ?

Vincent Bolloré.
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DDepuis que Vincent Bolloré est à la tête de Canal Plus, rien ne va plus. De polémique en polémique, d’échec en échec, la chaîne culte n’est plus que l’ombre d’elle-même. Que s’est-il donc passé, au fil des dernières années, pour en arriver à un tel désastre ? Où en est la chaîne ?

Une perte massive d’abonnés

Sur la seule année 2016, le groupe Canal Plus a vu son chiffre d’affaires connaître une chute de 4,7%. La perte est de 399 millions d’euros en 2016, plus élevée encore qu’en 2015 qui avait déjà connu la perte de 264 millions d’euros.

La cause première est sûrement le départ de 492.000 abonnés au cours de l’année dernière. Rappelons que cette perte vient se rajouter à celle déjà subie en 2015, qui était de 300.000 abonnés en moins. Il faut considérer que cette perte est exponentielle, d’une année à l’autre mais aussi annuellement : il y a eu 135.000 abonnés perdus à l’automne, soit le double d’abonnés perdus durant le printemps ou même l’été.

Le taux de désabonnement est au final de 16,7%, un véritable record (bien au-delà des 13% déjà élevés de 2008). Le groupe a même décidé de ne plus publier son nombre total d’abonnés à partir de maintenant.

Canal est donc en crise, au point d’avoir mis en place un plan de réduction des coûts. Si l’on met de côté la forte concurrence qu’opèrent Netflix, Amazon ou même le piratage, cette crise de Canal+ n’est-elle pas le résultat logique d’une programmation télévisuelle qui n’est plus qu’un champ de ruines depuis l’arrivée de Vincent Bolloré ?

L’enterrement d’une émission culte

Le 13 février 2017, la chaîne annonçait la suppression du Grand Journal, après douze années à avoir été l’émission phare de Canal Plus. Ce n’était pas une grande surprise, si l’on constate la chute faramineuse des audiences.

En 2012, avec Michel Denisot comme présentateur, l’émission tournait facilement autour de 2 millions de téléspectateurs. L’essoufflement s’est amorcé avec la reprise par Antoine de Caunes, avant une véritable descente aux enfers avec l’arrivée de Maïtena Biraben, où les audiences sont divisées par trois ou quatre. La dernière version en date, présentée par Victor Robert, est arrivée en-dessous des 100.000 téléspectateurs.

Tandis que le Grand Journal perdait de sa branchitude, des émissions en face gagnaient en effet en popularité. Si l’on met de côté Touche Pas à Mon Poste, qui a sans doute subtilisé une légère part d’audience au Grand Journal, mais dont le public reste très différent, on a vu surtout une véritable fuite des stars vers le plateau de C à Vous, l’émission conviviale d’Anne-Sophie Lapix sur France 5.

Lors de la sortie du nouveau James Bond, « Spectre », en octobre 2015, l’acteur Daniel Craig choisit C à Vous. Une véritable déculottée pour le Grand Journal, qui fut autrefois le must-have des passages télévisés des célébrités faisant leur promotion.

On ne peut pas non plus dire que les nombreux couacs et autres polémiques aient aidé le Grand Journal à s’en sortir. On peut avoir en tête par exemple ces quelques jours d’absence de Maïtena Biraben, dont la raison serait celle d’un clash entre elle et la production. Au cours de la saison, Édouard Baer, présent sur le plateau, s’est dit « un peu gêné » par un enchainement entre deux sujets, sûrement à l’image de beaucoup de téléspectateurs durant cette saison-là très mouvementée.

Lorsque Victor Robert reprend le flambeau en septembre 2016, le comportement de certains chroniqueurs sera défini de sexiste ou homophobe et transphobe, ce qui n’arrangera clairement pas la popularité de l’émission. Le passage en crypté suivi d’un retour en clair montre qui plus est que la chaîne ne savait pas quoi faire de son émission, tout en perdant encore un peu plus de téléspectateurs en route à cause de cette mauvaise gestion.

Aucune émission pour rattraper le coup

La chute du Grand Journal aurait pu être moins grave si… tout le reste de la programmation n’était pas tout autant catastrophique.

Progressivement, le Petit Journal a séduit bien plus les téléspectateurs que le Grand. Cela aurait pu être la bouée de sauvetage de Canal Plus, mais le départ en grandes pompes de Yann Barthès et de la majeure partie de son équipe a fait office d’achèvement. Sur TMC, Quotidien, n’est finalement qu’une nouvelle version du Petit Journal.

Malgré tout, Canal+ a gardé son propre Petit Journal, mais loin de faire l’unanimité, cette émission semble surtout « survivre », avec des audiences très faibles tournant autour de 200.000 à 300.000 téléspectateurs. Comme pour le Grand, le Petit Journal est aussi enrobé de petites polémiques de temps à autre, comme lorsque le présentateur, Cyrille Eldin, est accusé d’être un « cauchemar » pour les autres journalistes.

D’autres émissions phares ont été saccagées, à l’image des Guignols de l’Info, dont le format a été remanié de telle sorte à perdre tout son charme, dont une grande partie de l’équipe a été limogée, et qui est ballotté parfois en cryptée, parfois en clair. Et ça, c’est quand les émissions n’ont pas été purement et simplement supprimées comme pour le cultissime Zapping.

Peut-on reprocher aux abonnés de fuir une chaîne qui a été à ce point dénaturée ? Canal+ est à l’heure actuelle sans réelle programmation pertinente et cohérente, comme en stand-by. Quelques émissions, comme L’Effet Papillon, réussissent à garder un cap intéressant, mais ne suffisent malheureusement pas à maintenir, à elles seules, l’Esprit Canal.

L’avenir pour le Groupe Canal se trouve peut-être dans son offre de chaînes gratuites (C8, CNews, CStar), lesquelles ont connu plutôt une hausse en 2016 non seulement de l’audience, mais aussi concomitamment du chiffre d’affaires publicitaire, en progression de 6,9 %. Pas étonnant, quand l’on constate que certains programmes phares de Canal+, tels que La Nouvelle Édition ou Salut Les Terriens, ont été tout bonnement déplacés sur C8.

La question qui perdure reste de savoir si ce désastre est simplement le résultat d’un plan de restructuration qui n’a pas fonctionné, ou un saccage permettant de se débarrasser de la chaîne.

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