La « mode éthique » : des vêtements éco-responsables pour rivaliser avec une industrie textile destructrice

LLa star du cinéma Emma Watson a profité de la période de promotion du film « La Belle et la Bête », dans lequel elle joue, pour lancer un nouveau compte Instagram sur lequel elle partage ses conseils en matière de « mode éthique ». Emma Watson est réputée pour s’engager dans des causes progressistes, du féminisme à l’écologie, alors ne pensez donc pas que le principe d’une mode éthique et durable n’est qu’une lubie d’une starlette voulant redorer sa présence sur Instagram : cela représente un enjeu socio-environnemental fondamental pour l’avenir. L’influence d’Emma Watson sur les réseaux sociaux permettra peut-être à de nombreux consommateurs de prendre pleinement conscience de cet enjeu.

La première question venant à l’esprit lorsque l’on découvre le terme de « mode éthique » est la suivante : peut-on concilier l’esthétique vestimentaire avec le développement durable et des conditions de travail humainement viables ? La réponse est oui.

La production industrielle de vêtements pollue dangereusement

La production de vêtements à échelle industrielle a un impact écologique colossal, spécifiquement à cause des produits chimiques utilisés. En 2011, Greenpeace avait révélé la présence de traces d’éthoxylates de nonylphénol, une substance cancérigène, dans des articles neufs proposés par des grandes marques comme H&M, Nike ou Lacoste.

Mais puisque de vagues chiffres ne sont jamais très parlants, penchons-nous sur un exemple concret.

Il paraît fortement improbable qu’il y ait le moindre lecteur ici qui n’ait pas porté un ou plusieurs jeans une fois dans sa vie. Le jean est le vêtement le plus porté au monde, il y en a 2 milliards vendus chaque année. Il est alors particulièrement inquiétant de savoir que c’est aussi le plus polluant au monde.

La plupart des jeans sont en coton, et chaque pair en contient environ 1,5kg. Or, les cultures de coton sont en majeure partie un désastre écologique, ne serait-ce que pour la quantité de pesticides utilisés. Et le gâchis d’eau est également impressionnant : un seul jean réclame 1.500 litres d’eau au fil de sa fabrication. La teinture et le traitement du jean viennent ensuite rajouter encore une couche de pollution : du plomb, du mercure, ou du bromure pour les teintures, du permanganate de potassium pour le lavage. Pour obtenir la couleur bleue classique, le jean sera plongé à plusieurs reprises dans de l’indigo synthétique, conçu généralement à base de pétrole. Pour que ce même jean ait un air un peu plus stylé, comme un « effet délavé », on re-tartine encore un peu de produits toxiques.

S’en suivra enfin tous les impacts indirects, comme l’énergie consommée par les usines, ou la pollution générée par le transport intensif et longue distance que nécessite le commerce mondial du jean.

Autour des usines textiles, tous ces produits toxiques provoquent un asséchement des sols, un appauvrissement des cultures avoisinantes, et sont mortels pour la faune et la flore. L’essentiel de cette pollution environnementale passe par les eaux, comme on peut le constater à Xintang, une ville chinoise considérée comme la « capitale mondiale du jean ». Une enquête de Greenpeace a relevé la présence, dans le fleuve local, de cinq métaux lourds (de nouveau du plomb et du mercure, mais aussi du cadmium, du chrome, et du cuivre).

La conséquence écologique n’est pas seulement concentrée autour des lieux de fabrication. A chaque fois que vous lavez votre jean, tous ces produits sont rejetés dans votre machine à laver et dans les eaux usées.

L’exemple du jean est incroyablement parlant, mais c’est un problème qui touche très globalement l’industrie du textile, qui est l’une des pires causes de détérioration de l’environnement. En Chine, 70% des cours d’eau sont pollués à cause de l’industrie textile. Une étude britannique a montré que l’on achète 20 kilos de vêtements neufs chaque année, et que chacun de ces vêtements pèse l’équivalent de 20 fois son poids dans son impact sur les gaz à effet de serre.

L’impact humain alarmant

L’environnement n’est pas le seul touché par les effets de tous ces composants chimiques néfastes. En plus des vapeurs toxiques inhalées par les ouvriers qui travaillent à la confection de ces vêtements, ces derniers le font en général à mains nues, ce qui les met en contact direct avec la toxicité. Les enquêtes réalisées dans les principales villes de l’industrie du vêtement, telles que Xintang, montrent l’apparition de problèmes de reproduction liés à une baisse de fertilité, ou de graves maladies incurables et mortelles (la pleurésie, la silicose…).

Preuve en est que cette problématique ne touche pas seulement l’industrie du jean : à Gurao, la capitale de la production de soutien-gorges, la rivière est tellement polluée qu’elle prend des couleurs régulièrement différentes, et ne peut plus servir à la consommation ou ne serait-ce qu’à la lessive. De nombreux témoignages notifient en plus une odeur parfois insoutenable.

Les conditions de travail sont ce qui vient parachever ce tableau inadmissible de l’industrie du textile. En Asie, les enfants sont employés tout autant que les adultes dans les usines, et ces ouvriers gagnent quelques euros par jour, ce qui aboutit à un salaire mensuel qui dépasse rarement 60€. Au Bangladesh, le salaire des ouvriers du textile est de 30€ par mois. A côté de ça, les travailleurs sont exposés à des risques permanents et sont quasiment sans protection. Entre 2006 et 2013, il y a eu 587 morts au Bangladesh suite à des incendies dans des usines textiles, selon le rapport Fatal Fashion.

Le développement de la mode éthique

Dans un reportage diffusé en janvier 2016 sur France 2, on y voit un jeune entrepreneur français, Thomas Huriez, qui présente un jean « écologique » en coton bio, et confectionné en France, dont le prix ne dépasse pas 100€. Ce type d’initiatives connaît un succès croissant, et s’ancre dans un phénomène mondial d’une transformation éthique des procédés de fabrication vestimentaire. Le coton utilisé pour ces nouveaux vêtements est cultivé sans l’utilisation d’engrais chimiques. Concernant les jeans, si l’on reprend notre exemple, ils sont alors fabriqués en denim brut (pas coloré, pas délavé). L’autre grande particularité est que les vêtements bio sont généralement issus du commerce local, et non de la grande industrie ; ce qui réduit le coût écologique de transport.

Originellement une initiative plutôt citoyenne et militante, cette approche équitable de l’habillement a généré le principe de la « mode éthique ». L’idée, c’est qu’il est possible de faire des créations esthétiques et désirables tout en respectant l’environnement et les êtres humains. Les créateurs vont donc, dans cette optique, s’assurer que leurs vêtements sont conçus dans des matériaux écologiques, et qu’ils sont fabriqués à travers les principes du commerce équitable.

Emma Watson, via son fameux compte Instagram, expose des tenues provenant de cette mode éthique. C’est l’occasion de découvrir toute l’inventivité dont peuvent faire preuve les grands créateurs. On la voit par exemple porter des vêtements Boodywear, dont la spécialité est dans les t-shirts en bamboo équitable et bio, ou ceux de la créatrice Filippa K qui utilise des matériaux recyclés ou réparés. Elle présente aussi une robe en bouteilles de plastique recyclées. Notons qu’elle fait également référence à des produits cosmétiques tout aussi bio, comme un eyeliner fait à partir de colorants naturels et sans silicone.

Si des célébrités de l’envergure d’Emma Watson peuvent s’en faire l’égérie, c’est parce que ces initiatives se répandent dans tout le milieu de la mode. Dans cette veine, les Galeries La Fayette ont lancé la collection « Fashion Integrity ». Être éco-responsable est devenu branché. Pour une fois qu’une tendance a un impact positif sur le progrès environnemental et social, ne nous en plaignons pas, tant que ce n’est pas qu’un feu de paille.

Nul doute, en tout cas, que la mode éthique s’institutionnalise : en Italie, c’est carrément un prix de la mode durable qui a été créé, The Green Carpet Fashion Awards. « La mode doit continuer à faire rêver et elle peut très bien le faire de manière écologique. » a déclaré Carlo Capasa, président de la Chambre de la mode italienne, le mercredi 22 février dernier.

En tout cas, n’oubliez pas qu’être éco-responsable dans sa façon de s’habiller, c’est certes se tourner vers ces nouvelles marques et collections, mais c’est déjà ne pas acheter des kilos de vêtements neufs par an pour rien ; c’est donner ou vendre ceux que vous ne portez plus ; et c’est même aller jeter un coup d’oeil dans les friperies – le recyclage a du bon.

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