Contre l’orpaillage illégal, la Guyane a besoin de l’État

Manifestation amérindienne contre l'orpaillage illégal en août 2013 à Cayenne, ©Jody Amiet
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LLe parc national de Guyane, créé il y a bientôt dix ans, ne se porte pas bien. Son fléau ? La recherche coûteuse de l’or. Coûteuse pour les populations qui résident auprès des rivières exploitées, autant que pour l’environnement. Les 20.000 habitants du parc, la faune, la flore sont en effet atteints par les processus de lavage des sols qui révèlent les microparticules d’or et perturbent tout l’écosystème. Les populations sont aussi contaminées par le mercure qui amalgame les microparticules pour en faire des paillettes d’or. A ce mercure s’ajoute celui dégagée par les sols guyanais, qui en est riche naturellement, lors des lavages de celui-ci. La forêt est aussi touchée par la déforestation et la dégradation de son milieu.

Exploitation aurifère illégale en Guyane: pollution et déforestation ©Michel Gunther WWF

Selon le World Wild Found (WWF), l’orpaillage* illégal aurait augmenté en 2016 de 26%, et 139 sites d’orpaillage non-autorisés ont été recensés en novembre dernier. Cette augmentation est due au manque de moyens humain et juridique pour garantir une lutte permanente contre ce phénomène polluant et dangereux.

*Orpaillage : recherche et exploitation artisanale de l’or dans les rivières.

L’État en déficit

Si l’on se rend sur le site du Ministère de la défense, on peut observer que la dernière opération décrite sur le site et menée dans le cadre d’Harpie, la lutte contre l’orpaillage illégal, a eu lieu du 14 au 23 mai 2013 sous le nom d’opération Morpho dans la région de Saint-Elie. Cette opération avait mobilisé quatre-vingt militaires et gendarmes. Depuis, aucune nouvelle opération n’a été recensée sur le site.

Opération Morpho et destruction du matériel illégal,  ©http://www.defense.gouv.fr

Pourtant une augmentation du nombre de sites illégaux d’exploitation aurifère a bien été constatée, et selon le WWF c’est la commune de Maripasoula, frontalière avec le Suriname, qui est la plus touchée, avec « une hausse de 100% du nombre de chantiers illégaux actifs recensée depuis six mois ».

La plupart des orpailleurs illégaux, qui fuient leur vie précaire, viennent en effet du Suriname ou du Brésil. Les conditions de leur travail sont très difficiles et ils sont souvent exploités. Les eaux stagnantes nécessaires à l’orpaillage illégal attirent les moustiques et favorisent le développement de maladies tels que le paludisme, la dengue, la fièvre jaune. Ces maladies sont ensuite transmises aux populations locales par les orpailleurs (Claire Levacher, « L’orpaillage illégal »). L’eau est également difficilement rendue potable avec la pollution au mercure, ce qui affecte autant les orpailleurs que les populations humaine, animale et végétale.

Pépite d’or guyanaise, ©Craig Hamnett

Les sites d’orpaillage illégaux se situent dans la profonde forêt amazonienne, l’accès y est compliqué. Cet isolement et le manque d’intervention étatique donnent lieu à des « zones de non-droit » comme les nomme le maire d’Awala-Yalimapo, Jean-Paul Fereira, dans un courrier adressé à François Hollande. Il rappelle au président de la République l’impact de l’orpaillage illégal sur le sol guyanais, en plus de la pollution et de la propagation des maladies : banditisme, contrebande, réseaux de prostitution, trafics de drogues, d’armes… Selon le maire, l’État n’exercerait pas ses compétences en matières de sécurité et de maintien de l’ordre.

La situation en Guyane est donc très préoccupante, malgré la création du Parc National de Guyane censé participer à la diminution de ce phénomène, qu’il s’agisse de la protection des populations contre le banditisme et les maladies, de la protection de l’environnement, ou de la protection des travailleurs. Le manque de moyens est criant.

Une « avancée » toute récente

Le projet de loi « Égalité réelle Outre-mer » portée par la ministre des Outre-mer, Ericka Bareigts, a été adopté à l’unanimité ce 19 janvier 2017 au Sénat.

Ericka Bareigts porteuse du projet de loi
« Egalité réelle Outre-mer » ©tahiti-infos.com

Ce projet comporte des avancées en matière d’éducation pour une aide à l’échange scolaire, en expérimentation du « small buisness act » ultramarin, pour faciliter l’accès des marchés publics aux TPE et PME ultramarines, pour la protection des producteurs locaux par exemple. En ce qui concerne l’orpaillage illégal, les sénateurs ont rétabli un article alors considéré comme anticonstitutionnel par leur commission. Cet article permettrait de renforcer les moyens des officiers de police judiciaire pour lutter contre l’orpaillage illégal par la « destruction et la confiscation de biens ayant servi à l’orpaillage illégal ».

Le projet n’ayant pas encore valeur de loi, il faudra attendre son adoption définitive pour en voir les effets d’application et pour voir l’amélioration de la situation dans le département guyanais.

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