L’investiture de Donald Trump, la consécration d’un électron libre

© Nam Y.Hu/AP/SIPA
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C’C’est face à une Amérique à deux visages que l’investiture de Donald Trump se réalise pour de bon, ce vendredi 20 janvier 2017. Après une sortie soignée, empreinte d’émotion et de mises en garde, le Président sortant Barack Obama laisse la place à un successeur, qui se veut emblématique d’une Amérique oubliée, laissant accroître le doute sur les politiques à venir.

Un bousculement des codes présidentiels

Pour beaucoup, le 8 novembre 2016 fut la consécration d’une mauvaise blague. Hillary Clinton, pourtant donnée grande gagnante de cette course à l’investiture américaine, s’est vu voler la place par un homme encore inconnu au bataillon, sortant tout droit du monde des affaires et du show-biz.

On peut dire que dès ses débuts en politique, Donald Trump a donné le ton avec ses discours à la fois spontanés et sans filtre, se moquant des conventions et de la bienséance. Victimes de leur assurance quant à la légitimité de leurs parcours, les politiques et les experts se sont cognés à un mur de colère de la part d’une majorité de la population américaine.

La victoire de Donald Trump, décrite comme une surprise générale et mondiale, ne devrait pourtant pas surprendre. Après 8 ans au pouvoir, Barack Obama affiche un bilan mitigé, laissant derrière lui des améliorations patentes, mais aussi des oublis et des échecs. Un constat sur lequel Donald Trump, comme tout homme d’affaires qui se respecte, s’est engouffré dans cette faille pour en faire le fil rouge de sa campagne. Jouant sur la peur des gens quant à l’avenir, réveillant les consciences et les non-dits éteints de certaines tranches de la population américaine, Donald Trump affiche haut et fort ce qu’il pense, quitte à froisser certains et en inquiéter d’autres.

C’est donc avec insolence et pragmatisme que le nouveau Président trace sa route vers son intronisation, ne révélant cependant que très peu d’éléments quant à sa future conduite politique et diplomatique.

Une attitude présidentielle cependant, dont il laisse voir un aperçu peu après sa victoire aux élections, à grand coup de provocation. Washington, ville symbole de l’Establishment, représentant le microcosme du pouvoir américain et de son élite politique, est le berceau du parti démocrate. La ville accueille donc, non sans inquiétude l’investiture de Donald Trump, qui cependant, boude le lieu. En effet, ce dernier étant connu pour son aversion envers Washington, lui préfère New York et a déjà investi les bureaux de sa présidence au sein de sa Trump Tower, désormais lieu du pouvoir décisionnel.

Ce bouleversement symbolique accentue davantage les craintes de Washington, qui voit venir à l’annonce de cette investiture, des temps difficiles. Des inquiétudes que le journaliste du New York Times, Robert Draper, traduit par cette simple phrase, « nous ne savons pas quel genre de Président Trump sera ».

Une vision pragmatique à l’ère numérique

De plus très médiatique, Donald Trump semble avoir depuis toujours une nette prédilection pour l’usage des réseaux sociaux, en particulier Twitter, qu’il utilise de manière inconditionnelle. Privilégiant le format court pour délivrer le fond de sa pensée, l’homme d’affaires publie régulièrement des tweets concernant l’actualité, ses avis tranchés sur les questions politiques, défrayant très souvent la chronique et les limites du convenable en matière de diplomatie.

Ses propos sur la Chine unique en décembre dernier, ont quelque peu refroidi les relations avec le pays, lors de l’appel de la Présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen qui tenait à le féliciter pour sa victoire. Il est utile de rappeler que depuis 1979, les États-Unis suivent obligatoirement la ligne de mire de Pékin, qui occupe Taïwan comme un territoire leur appartenant de droit, et ne doit donc en aucun cas, avoir une vie diplomatique extérieure.

Ce qui est considéré comme une maladresse diplomatique pour la communauté internationale, devient pour Donald Trump, l’occasion d’utiliser le réseau Twitter pour faire passer un message fidèle à lui même mais qui démontre avec simplicité l’absurdité de certaines relations diplomatiques. « Il est intéressant de voir que les USA vendent pour des milliards de dollars de matériel militaire à Taïwan, mais que je ne devrais pas accepter un appel de félicitations. ». A travers ce simple tweet, la vision du monde de Donal Trump fait écho à sa formation de base, qu’est celle du monde des affaires.

Capture d’écran du compte Twitter de Donald Trump.

Considérant le monde comme un immense terrain basé sur des intérêts économiques en grande partie, où règne une concurrence permanente entre les pays, les termes d’alliés et d’ennemis n’existent pas dans son langage. Ces frontières diplomatiques sont donc ignorées par Donald Trump, qui se rapproche de ceux dont il estime qu’un marché est nécessaire pour ses propres affaires.

Comme en témoigne son penchant tant répété de se rapprocher de Vladimir Poutine et de Bachar Al-Assad, dans le seul but d’éradiquer l’OEI (Organisation de l’État Islamique) afin d’enlever une menace potentielle pour son pays. Quitte à froisser les experts mais aussi les alliés comme l’Europe, dont leur loyauté ne représente pas nécessairement un atout selon lui, car en affaires, cela peut rapidement devenir un fléau propice à la concurrence.

Cette vision purement pragmatique des choses et déstabilisante, offre donc un aperçu des méthodes de communication mais aussi de pratique politique de la part de l’homme d’affaires, qui ne comptera que sur lui même et sur ses hommes de main, qui le représentent au sein du système décisionnel. Sans oublier son admiration pour des présidents tels que Rodrigo Duerte, aux Philippines, dont il félicite la méthode controversée d’exécutions sommaires et sans procès des dealers de drogue, afin de mettre fin à ce fléau. Il est bon de rajouter la violence verbale dont a pu faire preuve ce dernier à l’encontre de Barack Obama en septembre dernier, malgré des excuses venues sur le tard.

De plus, étant un des pays d’Asie le plus pauvre du continent, certains habitants, en particulier à Manille la capitale, se voient contraint de vivre dans des cimetières, faute de moyens.

La brutalité comme moteur et réponse aux maux américains

Une admiration qui reste à justifier, si ce n’est qu’un goût prononcé du Président américain pour la violence. Une violence dont Donald Trump a usé dans ses mots pour exprimer les maux d’une population. Des maux qui naissent dans les difficultés économiques combinées au terrorisme et à la peur de l’immigration, au symbolisme d’un Président noir qui ne représentait pour eux qu’un symbole pour une seule minorité, les réduisant à devenir eux même une minorité blanche.

Le renversement des rôles, suivi des décisions symboliques telles que le mariage pour tous en juin 2015, «  ne nous fera pas manger, et nous aidera pas à trouver du travail pour subvenir aux besoins de nos familles » explique un militant pro-Trump. En se basant sur ces peurs du quotidien américain, Donald Trump a trouvé son credo. America great again.

Ben, 22 ans, militant pro-Trump     ©Egalité/Réconciliation

Cette prise de conscience des problèmes au sein du pays, vécus par ces personnes au quotidien, mais qui n’ont pas été entendus par les experts et les politiques précédents, ont nourri cette rancœur et ce besoin de changement.

L’arrivée de Donald de Trump comme Président, soulève une vague d’espoir auprès de ces militants, qui pensent en terme de pragmatisme pour leur avenir et celui de leurs enfants. Cette amertume devenue violence sous les mots de Donald Trump, lui ont confirmé cette place de choix, cette consécration sans passer par la case de candidat idéal. Ce besoin de changement en passant par un prétendant n’ayant pas suivi le parcours adéquate à cette fonction, permet l’arrivée au pouvoir d’un politique réel et non formaté, qui pourrait proposer autre chose, et surtout, procéder autrement.

Cette reconnexion controversée certes, avec les besoins du peuple américain, n’est cependant pas du goût de tout le monde. Bien évidemment, bien que loin d’être formaté par une formation politique, Donald Trump reste critiquable par son sexisme patent et son goût pour attiser sa xénophobie auprès de ses électeurs. Son investiture pose par ailleurs un sérieux problème organisationnel.

L’investiture, ce tremplin médiatique pour la gloire et la résistance

En effet, l’ovni politique semble être boudé par les stars de la musique, dont beaucoup d’entre elles ont décliné l’invitation. De Céline Dion à Elton John, en passant par André Bocelli, peu de célébrités souhaitent se frotter à chanter l’hymne national pour le 45e Président des États-Unis. L’homme concerné étant toutefois une pop star à lui tout seul, son nom annonce déjà le mépris dont il sera potentiellement la victime durant son mandat, en particulier dans la ville de New York.

Qu’à cela ne tienne, car c’est avec Donald Trump qu’il faudra désormais faire affaire pour être reconnu mondialement. D’autres artistes participent au spectacle de son investiture, comme le groupe Three Doors Down, le chanteur de country Toby Keith, une partie de la troupe des Rockettes – les fameuses danseuses du Radio City Hall, ainsi que la chorale des Mormon Tabernacle Chair, qui feront le show ce jour là. Sans oublier l’atout principal de la cérémonie, qu’est l’hymne national américain, chanté par l’inconnue Jackie Evencho, jeune chanteuse de 16 ans, gagnante d’un show télévisée en 2010.

Cette grande responsabilité vocale et artistique sera produite selon les estimations devant… 800 000 personnes (contre huit cent millions pour Barack Obama en 2009 lors de son investiture). Et tout ceci, avec un défilé militaire, mais aussi, accompagné entre autre de lycéens et de policiers.

©Kena Betancur/AFP

Car c’est dans une ambiance de colère et de mépris, que l’absence devient un symbole de résistance, une énième tentative de manifester contre cette élection. Un mouvement est d’ailleurs né sur les réseaux sociaux, #distruptJ20 (Perturbez le 20 janvier), dans un but de protester contre cette investiture, de la perturber et au mieux, d’en bloquer l’accès et la réalisation. Des manifestations sont donc à prévoir ce jour-ci, avec parmi ces mouvements, des féministes, des écologistes et le célèbre Black Lives Matter.

Si Barack Obama aura marqué avec sa femme Michelle Obama, l’histoire de la Présidence des États-Unis, Donald Trump en marquera une autre, à sa manière, pour un retour à une Amérique plus grande, plus forte et moins symbolique en termes de libertés individuelles.

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Louise Pillais

Rédactrice pour plusieurs web magazines (Yegg, Breizh Femmes, Worldzine, Alchimy...), j'aime raconter les oubliés de l'actualité, poser les mots sur ce qui gêne, détruit, hante. Également ancienne étudiante en histoire, novice en science politique et rêvant d'aller griffonner prochainement sa plume au Canada. Et peut être un de ces jours, trouver le temps de faire enfin un peu de radio entre deux chocolats chauds et six articles.

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