Portrait • Jules Verne et les Voyages Extraordinaires, une fresque scientifique au-delà du réel

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JJules Verne compte parmi les plus grandes figures de la littérature française. Traduit dans le monde entier, il a écrit de nombreux romans, nouvelles, pièces de théâtre, essais et poèmes. Il est, cependant, surtout renommé pour la collection « Les Voyages Extraordinaires », comprenant 62 ouvrages publiés aux éditions Hetzel.

L’œuvre de Jules Verne se situe au carrefour entre enseignement scientifique et récit imaginaire. Ainsi, il est souvent cité, aux côtés de Mary Shelley, Herbert George Wells, Maurice Renard, comme l’un des précurseurs de la littérature de science fiction. Cet écrivain a fait rêver des générations par les récits d’aventures de personnages proprement fascinants, dans des lieux toujours plus insolites.

Jeunesse et genèse d’un mythe

Jules Verne est né en 1828, à Nantes, où il demeurera jusqu’à l’obtention de son baccalauréat, en 1847. Il partira ensuite étudié le droit à Paris, ceci majoritairement pour faire plaisir à son père. Le jeune Jules Verne est, en effet, déjà bien plus intéressé par la littérature, la poésie et le théâtre. Grâce à son oncle, il fréquente très vite les salons littéraires et politiques, et se lie notamment avec Alexandre Dumas.

Il abandonnera le droit après l’obtention de sa licence pour se consacrer entièrement à l’écriture de pièces de théâtre. Grâce à Dumas il pourra, en 1850, faire représenter une comédie de sa création, « Pailles Rompues », au Théâtre Historique à Paris. Engagé en 1852, au Théâtre Lyrique en tant que secrétaire, il y fera jouer une opérette, « Le Colin Maillard », sur la musique de son ami, et bientôt compagnon de voyage, Aristide Hignard. Il publie également, en 1851, ses premières nouvelles dans la Revue « Le Musée des familles ».

« Heureux qui comme Ulysse… »

Tout en poursuivant l’écriture de pièces de théâtre et de nouvelles, Jules Verne s’embarque pour l’Angleterre en 1859. Il est accompagné d’Aristide Hignard, et tous deux poursuivent leur périple en Écosse. Deux ans plus tard, c’est en Norvège que les deux compagnons s’aventureront. Depuis tout petit Jules Verne est attiré par le voyage, et notamment l’univers maritime. Cette passion, il la partagera largement au travers de ses ouvrages.

On raconte qu’alors qu’il avait 11 ans, il avait cherché à s’embarquer sur un long courrier à destination des Indes en qualité de mousse. Il souhaitait, paraît-il, ramener un collier de corail à sa cousine dont il était éperdument amoureux.

Verne, avant même ses voyages en Europe, fréquentait beaucoup la bibliothèque nationale et s’est, alors, pris de fascination pour les sciences et plus précisément les découvertes scientifiques. Il fait ainsi la rencontre de l’ancien explorateur Jacques Arago, et en 1861 celle de Gaspard-Félix Tournachon, écrivain, aéronaute et photographe français mieux connu sous le nom de « Nadar ». La passion que ce dernier vouait aux ballons et l’engouement populaire de l’époque pour ce mode de transport inspireront Jules Verne dans l’écriture de son premier roman : « Cinq semaines en ballon ».

L’enseignement scientifique par la littérature jeunesse

Alexandre Dumas, après avoir lu le manuscrit de « Cinq Semaines en Ballon », le présentera à l’éditeur Pierre-Jules Hetzel, qui après quelques modifications, le fait publier en 1863. C’est un immense succès. Du vivant de Verne, il s’en vendra 76 000 exemplaires, ce qui est considérable pour l’époque. Débute alors une étroite collaboration entre l’écrivain et l’éditeur. Cette collaboration se poursuivra avec le fils d’Hetzel, à la mort de ce dernier.

En 1863, Hetzel propose à Jules Verne un contrat dans lequel il s’engage à écrire deux puis trois volumes par an pour sa revue jeunesse «  Magasin illustré d’éducation et de récréation ». Cette revue, dont Verne devint très rapidement le codirecteur, avait pour but d’introduire de façon attrayante les enfants à la science, sous la forme de récits d’aventures. L’objectif était également de diffuser la connaissance au-delà du milieu intellectuel et d’en permettre l’accès aux plus défavorisés. Cette démarche répondant à une volonté de réduire les inégalités sociales dans l’accès à la culture ne sera pas, en pratique, très efficace. La revue sera lue majoritairement par des jeunes gens issus d’un milieu bourgeois.

« L’obscurité du salon faisait valoir la clarté extérieure, et nous regardions comme si ce pur cristal eût été la vitre d’un immense aquarium. » Vingt Mille Lieux sous les Mers

L’ensemble des œuvres de Verne publiées au travers du « Magasin Illustré » seront par la suite recoupées dans la collection des « Voyages Extraordinaires ». Ces voyages entraînent, ainsi, le lecteur dans des aventures toujours plus saisissantes du pôle Nord (Voyages et Aventures du Capitaine Hatteras) au Cap Horn (Le Phare du bout du Monde) en faisant quelques détours par la Transylvanie (Le Château des Carpathes), le centre de la Terre (Voyage au Centre de la Terre), pour échouer sur quelques îles perdues au milieu de l’océan Pacifique (L’île Mystérieuse ; Deux Ans de Vacances).

Cette incroyable diversité des lieux dans lesquels se déroulent ses récits permet à Jules Verne d’amener ses lecteurs à découvrir divers domaines scientifiques. C’est une des plus grandes richesse de son œuvre. Dans « Voyage au Centre de la Terre », Verne nous emmène en compagnie de l’oncle et du neveu Lidenbrock, dans les profondeurs d’un volcan éteint en Islande, à la recherche d’un mystérieux passage vers le centre de la Terre. Outre un récit d’aventure palpitant, cet ouvrage se veut être une excellente vulgarisation de géologie et de paléontologie.

« 20 000 Lieux sous les Mers » s’intéresse à l’étude du vivant avec de longues et très précises descriptions de la faune et la flore marine. On y trouve des passages relativement techniques sur le fonctionnement du Nautilus, le fameux sous-marin du Capitaine Némo. Ce dernier explique au professeur Aronnax comment il l’a conçu, de sorte qu’il puisse s’immerger complètement et descendre dans les fonds marins sans subir une pression trop importante. Il s’agit d’emplir et désemplir des réservoirs d’eau selon qu’il veuille descendre dans les profondeurs ou remonter à la surface.

Un précurseur à la littérature de science-fiction

Le XIXe siècle, durant lequel l’homme et sa plume évoluent, constitue le siècle des deux premières révolutions industrielles. L’épicentre de ces processus est alors le progrès scientifique et technique. Naît dès lors un engouement populaire autour de la science et une croyance en ce que le progrès pourrait régler tous les problèmes auxquels la société peut être confrontée. Jules Verne ne fait pas exception à cela et retraduit largement la fascination que les découvertes scientifiques opèrent sur lui, en les plaçant au cœur de sa narration. En cela il est considéré comme l’un des précurseurs de la littérature de science-fiction.

Il n’y a pas véritablement de définition précise de la science-fiction. L’analyse du genre est rendu difficile par la diversité des supports (romans, bandes dessinées, cinéma…), des sous-catégories (dystopie, space opera, hard science…), et des thématiques abordées. La science fiction correspond à un genre relativement protéiforme, dont le dénominateur commun est l’intervention du scientifiquement possible dans l’œuvre de fiction. Le récit science-fictif se veut rationnellement fondé, à l’inverse d’autres littératures de l’imaginaire telles que le fantastique ou la fantasy. La science-fiction constitue une composante colossale du champ de réflexion sur l’Homme, et notamment son devenir, qu’elle interroge au travers de la science et ses usages. Ce potentiel heuristique lui permet de préparer l’imaginaire collectif au monde de demain. Jules Verne rend non seulement compte de l’état de la science au moment où il écrit ses récits, mais prend aussi la liberté de basculer dans l’imaginaire et l’anticipation.

Dans « De la Terre à la Lune », il nous fait part des connaissances de l’époque sur l’artillerie et surtout l’astronomie. Cette discipline nourrie alors beaucoup de fantasmes dans l’opinion publique. A partir de là, sur le fond d’hypothèses formulées par ses personnages, Verne invente l’astronautique.

Au début du récit, un club d’artilleurs – le Gun Club de Baltimore, décide d’envoyer un obus sur la Lune. Ayant vent de ce projet, un français (Michel Ardan) leur demande par télégraphe de construire un projectile creux, afin qu’il puisse entreprendre le voyage également. Évidement, l’explication scientifique permettant à des hommes de se rendre sur la lune sans y perdre la vie ne tient pas la route, mais cela n’a que peu d’importance. A partir du moment où une proposition rationnelle est formulée, sa validité n’est pas cruciale. « De la Terre à la Lune », ainsi que la suite des aventures de Michel Ardan dans « Autour de la Lune », constituent aujourd’hui des références dans le domaine de la science-fiction. Ces œuvres ont par ailleurs inspiré Herbert George Wells pour son roman « Les premiers Hommes dans la Lune », paru en 1901.

Jules Verne a laissé derrière lui un héritage considérable. Il inspire encore de nos jours de nombreux auteurs des littératures de jeunesse et de l’imaginaire. Ses récits n’ont pas fini de nous faire voyager, nous et les générations à venir, des quatre coins du monde jusqu’à la lune, en dansant, toujours, irrésistiblement à la frontière de la réalité et de l’imaginaire.

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