Qui est le Père Noël ? Histoire et origines, de Saint-Nicolas à Coca Cola

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LLa fête de noël est souvent symbolisée par un personnage éminemment aimé par les enfants autant que par les publicitaires : le Père Noël. Selon la région du monde, il peut prendre des noms très variés : Santa dans les pays anglosaxons, Bom Velhinho au Brésil, Weihnachts-Mann en Allemagne, Santa Kurosu au Japon. Mais quelles sont les origines historiques de ce bonhomme barbu, qui distribue des cadeaux à 2 milliards d’enfants répartis dans 500 pays ?

Nous avons tendance à imaginer que le Père Noël provient des États-Unis, et certains complotistes vont même jusqu’à dire qu’il a été inventé par Coca Cola. En réalité, la célèbre marque n’a fait que réutiliser quelque chose qui existait déjà mais a en effet contribué à populariser l’image ; et si la version actuelle du Père Noël est en effet née aux États-Unis, avant d’en arriver là il s’est opéré un processus culturel de 2000 ans.

Du noël païen au noël chrétien

La fête de noël a existé bien avant l’émergence du généreux barbu, et comme beaucoup de traditions encore perpétrées aujourd’hui, elle a des origines païennes. Dans l’Antiquité, on trouve une fête spécifique au solstice d’été [voir notre dossier sur cette fête], mais également une fête pour le solstice d’hiver : c’étaient les Saturnales chez les romains. Les barrières sociales s’effaçaient au profit de grands repas, de danses folkloriques, d’échanges de cadeaux. Les habitations étaient décorées de plantes vertes, notamment des branches de sapin, du houx et du gui. Dans le même esprit et à la même période, les scandinaves fêtaient la fête de Yule.

L’émergence de la chrétienté n’a pas été favorable à cette fête, l’Église cherchant à interdire la plupart des traditions païennes. Lorsqu’il s’agit, lors du deuxième siècle après J.C., d’établir une date de naissance à Jésus, le pape Libère choisit le 25 décembre. Si cette date a été choisie, il fait peu de doutes que c’était pour concurrencer la fête païenne. La célébration se répand progressivement dans les Églises de Gaule et d’Orient. Au Ve siècle, l’empereur Théodose codifie lui aussi officiellement la fête de noël sur cette date.

Saint-Nicolas, protecteur des enfants

Vous l’avez compris, le Père Noël n’existe pas à l’époque des Saturnales, ni même dans les débuts de la fête de Noël en sa version chrétienne. Toutefois, on peut retrouver de nombreux traits caractéristiques du Père Noël dans le folklore scandinave, où il existait un lutin barbu dénommé Julenisse et qui apportait des cadeaux. Il y a aussi Odin, dieu mythologique scandinave, âgé et barbu, et qui – entre autres activités pertinentes – descendait sur terre pour offrir des cadeaux aux enfants.

Mais revenons à nos moutons chrétiens, pour une influence plus directe et identifiable sur le Père Noël actuel. Au cours du IVe siècle et jusqu’au VIe siècle après J.C., va progressivement émerger le culte de Saint-Nicolas : ce dernier est en fait Nicolas de Myre, né en 270 et mort en 345. Nicolas, selon la légende, était d’une grande générosité et aurait accomplit des miracles en sauvant des enfants. Dès le Moyen-Âge, une fête est née en son honneur, traditionnellement le 6 décembre. On peut aisément constater que s’enchevêtrent alors, dans une même période, une succession de célébrations : la Saint-Nicolas, la naissance de Jésus, et les fêtes païennes ancestrales du solstice d’hiver.

Concernant Saint-Nicolas, le véritable essor de ce mythe va survenir après l’an 1000. Des marchands italiens volent, au XIe siècle, la dépouille de Saint-Nicolas ainsi que ses reliques, pour les transporter à Bari, en Italie. Un chevalier lorrain rapporte quant à lui la légende dans sa région, raison pour laquelle Saint-Nicolas deviendra le Saint-Patron de la Lorraine. Le mythe remonte vers le nord, et évolue. Saint-Nicolas aurait ressuscité trois enfants tués par un boucher (le futur Père Fouettard) dans la localité de Metz, une idée sûrement inspirée de la légende originelle voulant que Nicolas de Myre aurait sauvé des enfants.

Progressivement, et pour cette raison, Saint-Nicolas devient le protecteur des enfants, baroudant de maison en maison pour offrir des cadeaux aux enfants sages le 6 décembre. C’est de ce rôle de protecteur des enfants qu’il tire son image de « Père de la Nativité ». Rappelons-le, le terme « noël » est étymologiquement issu du terme latin « natale », qui a subit une évolution phonétique vers « noël ». Raison pour laquelle il prendra en France le nom de « Père Noël ».

 En France, la Saint-Nicolas est surtout fêtée dans les Flandres, en Alsace, en Champagne et en Franche-Comté. Mais c’est bien toute l’Europe du Nord, centrale et de l’Est, qui entre le XIe et le XVIe siècle va se mettre à fêter cette célébration. La Saint-Nicolas ressemble de plus en plus au noël que nous connaissons aujourd’hui : le saint descend du ciel la nuit du 5 au 6 décembre, généralement avec un âne. Il se glisse dans les cheminées, et dépose des cadeaux pour les enfants. Son âne se nourrit des friandises laissées par les enfants.

Le chemin vers les États-Unis et la popularisation

Au XVIe siècle, la Réforme protestante supprime le culte des saints dans de nombreux pays d’Europe, ce qui provoque alors l’interdiction de la fête de la Saint-Nicolas. Les hollandais refusent l’interdiction de cette coutume d’un Sinter Klaas (ndlr : « Saint-Nicolas » en hollandais) distribuant des cadeaux aux enfants. Pour sauver la coutume, les hollandais le transforment en un personnage laïc.

Lorsque des communautés d’hollandais vont immigrer aux États-Unis au XVIIe siècle, ils vont fonder Nouvelle-Amsterdam, qui deviendra plus tard New-York. Ils importent certaines de leurs traditions, dont celle qui est de fêter la Saint-Nicolas. On retrouve une première référence écrite dans la région en 1773, dans le New York Gazette. La célébration, se répandant dans tous les États-Unis, est alors associée à la naissance de Jésus, c’est-à-dire à la nuit du 24 au 25 décembre, et Sinter Klaas devient Santa Claus.

Le début de la popularisation à grande échelle démarre avec la publication en 1823 d’un conte écrit par le pasteur Clement Clarke Moore : « The Night Before Christmas » (« La nuit avant noël » ; aussi connu sous le nom de « Une visite de saint Nicolas »). On y retrouve la plupart des caractéristiques modernes du Père Noël : un lutin jovial, à la barbe blanche comme la neige, emmitouflé dans un manteau de fourrure, voyageant dans un traineau volant tiré par des rennes, qui passe par la cheminée avec son sac de jouets pour distribuer des cadeaux aux enfants. On retrouve quelques caractéristiques de l’ancien Saint-Nicolas, mais le personnage est moins austère et davantage laïc : sa mitre, sa crosse et son âne ont disparu, remplacés par un bonnet rouge, une pipe et des rennes. Aucune référence n’est faite ici au Père Fouettard. C’est une grande évolution culturelle.

De nombreux journaux vont reprendre l’image, contribuant à sa diffusion, et les illustrateurs vont préciser encore davantage le « look » du Père Noël à partir des années 1850. En fait, c’est surtout Thomas Nast qui pendant une trentaine d’années va, dans le journal « Harper’s Illustrated weekly », réaliser des centaines de dessins du Père Noël, en inventant petit et à petit la plupart des détails physiques qui sont aujourd’hui récurrents (pantalon bouffant, couleur rouge…), et c’est même lui qui va placer la résidence du Père Noël au Pôle Nord.

Il est amusant de voir à quel point ce sont via les contes et les illustrations que le Père Noël a installé le plus important de sa base coutumière. L’écrivain George P. Webster viendra donner davantage de détails en se basant sur les dessins de T.Nast, reprenant la couleur rouge et racontant un peu plus à quoi ressemble la fabrique de jouets du Père Noël. En 1902, l’auteur du magicien d’Oz, Lyman Frank Baum, dédie un ouvrage entier aux mésaventures du Père Noël. Au Royaume-Uni, ce sont les livres de Noël de Charles Dickens qui ont contribué à la popularisation.

Récupération publicitaire et traversée de l’Atlantique

En 1931, la marque de soda pétillant Coca Cola demande à l’illustrateur Haddon Sundblom de trouver une mascotte permettant de pousser les consommateurs à acheter du Coca en hiver. Ce dernier va alors s’inspirer des représentations de Santa Claus parues dans la presse les dernières décennies. L’idée est en effet judicieuse : le Père Noël se définissait de plus en plus par les couleurs rouge et blanche, similaires à celles de Coca Cola. Notez bien, donc, que l’idée selon laquelle Coca Cola aurait inventé le Père Noël dans sa représentation moderne est fausse : c’est bel et bien une réappropriation par la marque des représentations passées.

En Europe, pendant longtemps ce sont plusieurs personnages de noël qui cohabitent : la tradition de Saint-Nicolas reste longtemps présente, mais un « bonhomme noël » ressemblant davantage au Père Noël se développant aux États-Unis apparait progressivement et de façon parallèle (George Sand rapporte avoir cru au Père Noël, étant enfant, et cela se passe au début du XIXe siècle). Qui plus est, dans les pays germaniques, Saint-Nicolas est accompagné depuis des siècles d’un acolyte, une sorte de valet, qui ressemble étrangement au Père Noël, et appelé Knecht Ruprecht.

C’est réellement au sortir de la Seconde Guerre Mondiale que la transition s’opère en Europe. Il faut dire qu’à une époque où les États-Unis sont en plein essor de diffusion culturelle, Santa Claus est l’une des meilleures incarnations de l’american way of life, et lorsque ce Père Noël arrive en Europe, ce sont aussi les traditions américaines de noël qui débarquent aussi (sapin très décoré, cadeaux onéreux, etc.). Même si Saint-Nicolas reste encore très présent en Europe du fait de la chrétienté, le Père Noël l’a sacrément remplacé, presque autant qu’aux États-Unis.

La mondialisation des imaginaires a énormément opéré dans cette prédominance du Père Noël par rapport aux autres personnages similaires mais plus anciens. Le fait est en tout cas que le Père Noël est le fruit incroyable d’un grand syncrétisme, de rencontres entre les traditions et les peuples à travers l’Histoire. La façon complexe, étrange et en partie encore insondable dont ce personnage a pu aboutir à sa forme contemporaine est presque aussi émerveillant que ce qu’il inspire aux enfants. Le Père Noël est païen, chrétien, scandinave, italien, franco-germanique, américain, et aussi un peu capitaliste… il est beaucoup de choses.

Mais une question subsiste : il existe le Père Noël, oui ou non ? C’est la question que pose la petite Viriginia au New York Sun, en 1897. Le journaliste Francis Pharcellus Church lui répondra ainsi :

« Oui, Virginia, il y a un Père Noël. Il existe aussi certainement que les sentiments d’amour, de générosité et de dévotion existent, et tu sais qu’ils abondent et donnent à ta vie sa plus haute beauté, sa plus haute joie. Hélas! Ô combien le monde serait triste s’il n’y avait pas de Père Noël. »

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Marcus Dupont-Besnard

Reporter plurimédia, rédacteur en chef de WIDE.

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