Présidentielles 2017 : où sont les femmes ?

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CCharles, Georges, Valéry, François, Jacques, Nicolas et encore François. Ces prénoms ne vous disent rien ? Il s’agit bien sûr de la liste des présidents successifs de notre Ve République. Sept présidents, sept hommes. Pas une seule Françoise, pas une seule Georgette à l’horizon, comme si les institutions de la Ve République avaient été façonnées pour la figure du mâle dominant.

Le 23 avril 2017, les citoyens français seront appelés aux urnes pour élire le 8e Président de la Ve République. Oui, « Président » car au regard des candidatures auto-proclamées et des challengers désignés par l’intermédiaire des primaires, il semblerait que l’élection présidentielle de 2017 soit, une fois de plus, une affaire d’hommes.

A gauche, l’hécatombe

En 2007, on comptait quatre candidatures féminines à gauche : Ségolène Royal (PS), Dominique Voynet (les verts), Marie-George Buffet (PCF) et Nathalie Arthaud (LO). En 2012, on en dénombre plus que deux : Eva Joly pour EELV et Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière. A ce jour, sous condition d’obtenir les 500 parrainages nécessaires, cette dernière est la seule candidate à gauche pour 2017.

Le Parti socialiste, dont le premier tour de la primaire aura lieu mi-janvier, ferait office de mauvais élève. On dénombre à cette primaire une candidate pour six candidats, puisque Sylvie Pinel (PRG) créditée de 0,5 % dans les sondages, s’est finalement résolue à participer à la primaire de la « gauche ». En outre, l’abandon récent de Marie-Noël Lienemann, sénatrice et frondeuse du PS, a également réduit la visibilité des femmes à gauche. Cela pose bien évidemment un problème puisque si les femmes représentent 51 % de la population française, uniquement 14 % de ces femmes sont représentées dans cette primaire.

Par ailleurs, le silence du Parti socialiste sur cette absence de femmes à la primaire en devient presque assourdissant. Aucune déclaration, aucune remise en question de la part des ténors du parti. Seul Arnaud Montebourg semble avoir souligné le caractère fantaisiste de la participation « d’une ou deux femmes » à la primaire, en affirmant que cela permettait de « changer l’atmosphère de la primaire », et en ajoutant toutefois avec un sourire narquois qu’à la dernière primaire les deux femmes femmes candidates (Martine Aubry et Ségolène Royal) avaient perdu. Il est donc toujours réjouissant de voir que le sexisme ordinaire semble avoir de beaux jours devant lui même au sein d’un parti dit « progressiste ». Ainsi, on comprend mieux l’absence de femmes dans la compétition politique, désemparées à l’idée de devoir se battre deux fois plus qu’un homme.

Tout n’est pas noir à gauche. Du coté des verts, à l’issue d’une primaire ouverte en octobre dernier, Yannick Jadot a été désigné comme candidat écologiste à la présidentielle. S’il s’agit une fois de plus d’un candidat masculin, le diagnostic ne peut être le même concernant EELV. Attaché aux valeurs féministes et à la représentation des femmes dans l’espace public, le parti a toujours souligné que la parité hommes-femmes était une question primordiale pour la vie politique. Depuis que les écologistes se présentent à l’élection présidentielle on assiste à une réelle alternance entre candidat et candidate, il s’agit également du parti politique qui a instauré la règle informelle de la présidence paritaire au sein du groupe EELV à l’Assemblée nationale. En outre, il faut noter que si le vainqueur de la primaire est un homme, il était le seul face à trois femmes : Cécile Duflot, Karima Delli et Michèle Rivasi.

A droite, un sursaut

Fin novembre, François Fillon a été désigné, par les électeurs de la droite et du centre, candidat à l’élection présidentielle.

Si le résultat de cette primaire fut une surprise quant à l’identité du challenger, il n’en fut pas une concernant son sexe. Seule candidate à l’élection, Nathalie Kosciusko-Morizet a su tout de même sortir son épingle du jeu. Entourée, de quinquagénaires hétérosexuels de « race blanche » comme dirait un phare de la pensée des Républicains, NKM est apparue pugnace lors des débats et à la surprise générale a terminé à la 4e place du podium. Sa pugnacité a pu être remarquée lors des deux derniers débats, où elle a reproché aux journalistes de ne pas lui avoir posé des questions sur sa politique de défense à l’instar de ses homologues masculins. La tueuse, comme elle se surnomme, a donc dû s’octroyer le droit de répondre à une « question de mec » concernant l’épineuse question de la Syrie.

En outre on a assisté, il y a quelques jours, à une déclaration dissidente à droite, celle de Michèle Alliot-Marie. Depuis la première élection présidentielle au suffrage universel direct (1965) sous la V ème République la droite n’a connu que deux candidatures féminines : Marie-France Garaud candidate dissidente du RPR en 1981 et Christine Boutin en 2002.

Marine Le Pen, l’exception

Il y a trois semaines, Marine le Pen dévoilait, dans son nouveau QG, son logo de campagne : une rose bleue. La présidente du Front national, candidate auto-proclamée à l’élection présidentielle, a revendiqué le caractère féminin de la rose en affirmant qu’elle serait probablement la seule femme présente à l’élection. La candidate le sait, elle ne sera pas techniquement la seule candidate à l’élection, si Nathalie Arthaud et MAM obtiennent leurs parrainages. En revanche, elle a conscience au regard de ces derniers succès électoraux et des sondages qu’elle sera la seule candidate à se hisser jusqu’au second tour.

N’est-il pas étonnant que le parti politique le plus réactionnaire sur le statut de la femme ait à sa tête une femme, de surcroit candidate à l’élection présidentielle ? Pas tellement. Marine le Pen a, dans un premier temps, bénéficié de son nom pour gravir les échelons du parti mais a surtout joué avec les codes du genre tout au long de son apprentissage politique, alternant à la fois virilité et féminité. Le qualificatif « hommasse » lui a souvent été attribué autant par les militants du parti que par ses adversaires politiques à l’instar de Nicolas Sarkozy.

Voix grave, vêtements sombres, adepte de la joute verbale, Marine Le Pen a compris que pour percer dans le monde politique, il ne fallait pas attendre une prise de conscience féministe collective comme on attend Godot. La présidente du Front national s’est adaptée aux règles patriarcales des institutions politiques françaises et souhaite devenir cet « homme providentiel » que l’on nous promet chaque année. Brigitte Bardot ne disait-elle pas que Marine le Pen était la seule a « avoir des couilles » ?

Néanmoins, pour se différencier de ses homologues masculins, la candidate a eu la lucidité de se servir de son statut de femme et de mère pour les émasculer. Elle déclarait, il y a peu dans l’émission Ambition intime :

« Je pense qu’une femme ne peut pas s’extraire de la réalité du quotidien (…) quand on est une femme on est toujours ramenée à la réalité (…) donc en fait c’est une chance. »

Lucide, Marine le Pen a compris que même dans les partis politiques dits « progressistes » à l’instar du PS, il y a avait un sexisme ordinaire. Cette pathologie qui touche chaque structure partisane lui permet donc de s’auto-proclamer comme la seule femme libre et indépendante de la vie politique française.

Cela semble terrible et paradoxal dans la mesure où Marine le Pen est à la tête d’un parti dont les militants et certains élus plaident pour une politique familial nataliste, une suppression des aides du planning familiale ou encore le déremboursement de l’IVG, en bref, des mesures balayant d’un revers de main plus de quarante ans de féminisme.

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