Les primaires dans le paysage politique français : un idéal démocratique en débat

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CCes derniers temps, impossible d’y échapper. Le paysage médiatique français vit au rythme des primaires. Que ce soit celle de la droite et du centre qui vient de s’achever ou celle de la gauche à venir, on ne parle que de ça. Si c’est autant au cœur des discussions, c’est parce-que le phénomène est nouveau : le PS l’a bien instauré en 2012, mais les électeurs n’y étaient pas habitués. C’est la première fois qu’une élection présidentielle est précédée d’une primaire dans les deux camps. Certains la réclamaient depuis longtemps, dans un souci démocratique, et afin que les candidats qui concourent à la plus haute fonction de l’État soit vraiment représentatifs de l’électorat français.

Une étape politique devenue essentielle

Le principe de la primaire est en effet éminemment démocratique. Il s’agit d’élire le/la représentant(e) d’un parti politique qui concourra ensuite à l’élection présidentielle en son nom. Le principe devrait alors séduire une majorité de citoyens !

La France accusait un retard dans ce domaine. Plusieurs pays pratiquent l’élection primaire depuis longtemps, c’est le cas notamment des états d’Amérique du Sud. A la différence que là-bas, les primaires sont inscrites dans la loi et organisées par une juridiction spécifique. En Europe, ce sont souvent les partis politique qui organisent leurs primaires, sous le contrôle d’une autorité supérieure. C’est le cas du Portugal ou de l’Italie par exemple. En Italie, des primaires ont même lieu pour désigner les candidats aux élections municipales et régionales. Il était donc temps que la France s’y mette !

Sondages difficiles, divisions politiques… des insuffisances à combler

Si l’idée est séduisante, on entend de plus en plus de critiques à son encontre. En apparence, tout le monde se contente de cette nouveauté politique. Et pourtant, elle soulève quelques questionnements.

Premièrement, elle a révélé (une fois n’est pas coutume) l’insuffisance des sondages. Plusieurs semaines avant le deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, Alain Juppé était donné grand vainqueur face à Nicolas Sarkozy. On évoquait même pas François Fillon, le vilain petit canard. Et pourtant, certains avaient prévenu que les sondages étaient moins faciles à réaliser, puisqu’ils concernaient des électeurs d’une même famille politique et que ceux-ci changeaient plus facilement de candidats. Les premiers sondages qui annonçaient une remontée de François Fillon sont arrivés la veille du premier tour. Il y a là une insuffisance.

Ensuite, on peut constater que la bataille idéologique qui oppose ces candidats est restreinte. Il est plus facile de défendre ses idées face à quelqu’un qui propose une politique radicalement différente de la vôtre. Si l’on peut tout de même trouver des divergences notables dans les programmes d’Alain Juppé et de François Fillon, ils reposent tous deux sur une base conservatrice. Les conséquences de ça, ce sont des querelles personnelles qui prennent le pas sur le débat politique.

Mais surtout, ce qui semble poser un vrai problème, c’est que cette primaire regroupait très généralement les partis de la droite et du centre. Ainsi, on devrait voir aujourd’hui un ralliement massif derrière le vainqueur, et pourtant ce n’est pas le cas. François Bayrou, soutien d’Alain Juppé, s’est dit hostile à l’idée de soutenir François Fillon. Et combien d’électeurs de droite et du centre pensent comme lui ? Personne ne s’attendait à la victoire de la droite catholique, bien plus conservatrice que le favori Alain Juppé. Tout le monde n’est alors pas prêt à se rallier avec un candidat qui ne rassemble pas tant que cela.

On peut alors penser que la nouveauté de cette élection fait qu’elle n’est pas encore bien instituée et que ces problèmes se régleront dans les années à venir. Mais la primaire de la gauche pose un problème inédit. Les candidats ont la possibilité de ne pas se présenter à cette celle-ci, mais de concourir à côté. C’est le cas d’Emmanuel Macron ou d’Arnaud Montebourg par exemple, ils sont presque autant à se présenter dans le cadre de la primaire qu’en dehors. Cela divise forcément la famille politique et peut lui coûter la présidentielle de 2017. Sans parler de François Hollande, président sortant et potentiel candidat du PS qui a tant tardé à se positionner, pour finalement renoncer. Si la droite a tout de même gagné en cohésion avec cette primaire, l’avenir des partis de gauche français est bien incertain. Il se peut même qu’ils y perdent plus qu’ils n’y gagnent.

Peut-être ces élections manquent-elles tout simplement d’une législation plus précise et plus forte afin d’éviter toute dérive et toute contestation.

Des problèmes de forme

En France, nos primaires sont ouvertes : tout les électeurs peuvent voter, et pas seulement les adhérents au parti. Ainsi, des sympathisants de gauche ont voté pour le candidat « le moins pire ». Cela pose un problème d’éthique : le parti ne doit-il compter que sur les voix de ses adhérents et sympathisants, ou doit-on considérer que tout le monde peut décider des futurs candidats à la présidentielle ? C’est un grand débat qui a divisé l’électorat français durant ces primaires.

Dans tous les cas, cela rajoute une campagne de plus à mener pour des personnalités politiques qui passent déjà beaucoup plus de temps à préparer la prochaine échéance qu’à exercer leurs mandats en cours. On compte trois élections en 2017 : les primaires de la gauche, les présidentielles et les législatives. Dans le cas de François Hollande, sa possible candidature à la présidentielle a éclipsé totalement la dernière année de son mandat. C’est comme une année de perdue : il n’est plus temps de réformer ou de faire passer quelconque loi, le pays pense déjà aux prochaines élections. Les primaires raccourcissent encore le quinquennat du président.

Finalement, cette élection primaire représente un idéal démocratique dans lequel le citoyen a une grande marge de manœuvre pour élire ses représentants. Cependant, elle pose encore beaucoup de problèmes que les partis politiques vont devoir résoudre s’ils veulent en sortir gagnants.

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