Histoire de la presse : les ancêtres des journaux et de la presse d’information

La Gazette de Théophraste Renaudot
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SSi la forme la plus répandue de la presse d’information est le journal, celle-ci a connu des évolutions. N’étant au départ diffusée que sur de simples feuilles volantes ou sur des affiches, l’information se trouve de plus en plus fournie, ce qui lui vaut le développement de nouveaux supports au fil des siècles. De plus, ces dernières décennies la presse a dû s’adapter au virage du numérique, notamment avec une dématérialisation des supports d’information, ce qui questionne d’ailleurs le qualificatif « presse d’information » dans le cadre des journaux numérisés ou des articles diffusés sur Internet.

Le but de ce dossier proposé par L’Époque est de voir quelles formes la presse a pris au cours de son histoire et dans quels contextes elle l’a fait. Les XVème et XVIème siècles ont marqué un tournant dans la diffusion des informations, que ce soit du point de vue des moyens de leur diffusion, les acteurs de celle-ci mais aussi du point de vue du public.

Avant ces dates on peut trouver des imprimés – ou plutôt des documents écrits à la main –  publiés régulièrement diffusant des informations. Par exemple à la fin de la République romaine (Ier siècle après J-C) et sous l’Empire existaient les Acta diurna (« choses faites ce jour » littéralement), nommés aussi Acta publica. C’étaient des feuilles placardées dans la ville sur lesquelles étaient inscrites différentes informations, comme la tenue des prochains jeux, les décisions du Sénat et des consuls, les exécutions, les funérailles ou les naissances de personnes illustres… Mais ces acta étaient placardés, et la diffusion des informations se faisait donc majoritairement par le bouche à oreille.

Un autre exemple montrant que le support papier était déjà prisé pour diffuser les informations est le Kin Pau, un journal diffusé à partir du Xème siècle à la Cour de Pékin. Il était publié mensuellement puis de façon hebdomadaire à partir de 1361, et quotidiennement à partir de 1830. La régularité de sa publication montre la soif d’information de la population, ou tout du moins de la cour pékinoise, soif qui augmente au fil des siècles au vu de l’évolution du rythme de publication de ce journal.

Un cadre sociétal propice au développement de la presse d’information

En ce qui concerne l’Europe un tournant s’opère à la fin du Moyen-Âge et se poursuit pendant la Renaissance. Si l’élément le plus marquant de ce tournant est bien sûr la mise au point de l’imprimerie, c’est une conjonction de plusieurs facteurs qui permet la naissance de la presse d’information.

C’est grâce à la mise au point de la technique de la typographie vers 1454 par Gutenberg et par la diffusion de cette méthode que la presse d’information a vu le jour. Cette technique permettait un gain de temps phénoménal dans la création d’affiches ou de textes. Il y a deux principaux éléments qui font de cette technique une révolution : le fait de pouvoir composer des textes rapidement à partir de caractère gravés en relief sur des pièces mobiles, et le fait d’imprimer les textes sur la feuille et non plus les écrire à la main. Mais ce n’est pas seulement cette évolution technique qui a permit le développement de la presse d’information.

Préparation des plaques sur lesquelles sont installés les caractères amovibles A gauche on voit un homme assembler un texte sur une plaque. Au centre une femme range les caractères par lettre. On peut voir au plafond des feuilles suspendues, sûrement des feuilles fraichement imprimées en train de sécher.

Un autre facteur qui a participé au développement de la presse comme moyen de diffusion de l’information est le développement des États modernes. L’émergence et l’affirmation de ces nouvelles structures politiques permet tout d’abord une sécurisation des territoires ainsi que des flux de marchandise, d’information… Cela va permettre une meilleure diffusion des informations à travers les territoires ainsi que le développement de moyens plus efficaces pour véhiculer les informations. Ainsi, pendant la deuxième moitié du XVème siècle, des services postaux d’État se développent en Europe occidentale. Les administrations des empires et des États modernes n’ont eu de cesse d’améliorer la transmission des informations entre elles.

Par ailleurs on va observer à cette époque une hausse de la demande d’information. Tout d’abord de la part des administrations étatiques pour pouvoir gérer au mieux le territoire. Ensuite de la part des commerçants qui vont importer et vendre des marchandises de plus en plus loin du fait de la sécurisation des axes de communication. Par ailleurs la population européenne va être demandeuse d’information, ce qui marque un certain changement car le public s’élargit énormément. Auparavant la population européenne s’informait mais principalement sur ce qui se passait dans les régions environnant leur lieu de résidence, ou sur des événements très importants : le sacre du suzerain, sa mort, l’élection d’un nouveau pape… les autres informations ne les intéressant pas car n’ayant aucun impact sur leur vie ou alors arrivant longtemps après la réalisation de l’événement.

En effet aux XVème et XVIème siècles, se déroulent en Europe la Réforme protestante et la contre-Réforme ainsi que les nombreuses guerres de religion qui s’ensuivent. On peut aussi évoquer les grandes découvertes et les grands voyages comme ceux de Vasco de Gama, Magellan et Christophe Colomb, qui attirent la curiosité de nombre d’européens.

Portrait de Vasco de Gama
Portrait de Vasco de Gama

Malgré tout à l’époque tout le monde n’est pas lettré : globalement le clergé sait lire et écrire, ainsi que certaines composantes de la bourgeoisie qui en ont besoin du fait de leur travail. Mais le reste de la population ne sait pas lire ni écrire, même si une partie de la noblesse peut, à la limite, signer un document de son nom. Un élément qui augmenter le taux d’alphabétisation en Europe est la Réforme, qui se développe à partir du XVème siècle. En effet une des pratiques du protestantisme est une lecture personnelle de la Bible, ainsi la quasi-totalité des protestants sait au moins lire. On estime qu’à la fin du XVIème siècle 20% de la population adulte d’Europe sait lire.

La création de plusieurs imprimés d’information

Pendant les XVème et XVIème siècles, les imprimés diffusant des informations vont prendre différentes formes. Il y a tout d’abord des imprimés sur des feuilles volantes. Ainsi apparaissent à la fin du XVème siècle les occasionnels. Ce sont des petits cahiers édités par les imprimeurs, de 4 à 16 pages, qui regroupent des feuilles de nouvelles rapportant un événement majeur, important : mariages de prince, guerres, sacres… (N.B : en allemand les occasionnels s’appelaient « Zeitungen » qui est actuellement le terme pour désigner les journaux outre-Rhin). Ils étaient parfois accompagnés de gravures sur bois pour les illustrer et ils étaient diffusés par colportage ou vendu dans les librairies.

Pendant le XVIème siècle se développent les canards. Ce sont des feuilles volantes rapportant des faits surnaturels, des crimes, des histoires extraordinaires… Ils ne sont pas obligatoirement liés et font un peu penser aux actuelles rubriques « Faits divers ». Le plus ancien canard français que l’on puisse répertorier date de 1529.

Puis après le développement et l’expansion de la Réforme protestante se développent les libelles. Ce sont des textes imprimés en masse par les catholiques ou les protestants et qui étaient des relais, ou  des supports, aux polémiques religieuses qui avaient lieu à cette époque. Certains États ont censuré des libelles ou alors ont empêché ceux qui les imprimaient de les diffuser.

Par ailleurs existaient avant ces feuilles imprimées des « nouvelles à la main » (avvisi en italien). C’était des feuilles sur lesquelles étaient écrites des informations qui étaient ensuite vendues aux commerçants et aux seigneurs. Venise qui  était un carrefour commercial très important à cette époque était un centre de diffusion de ces « nouvelles écrites à la main ». Certains avvisi étaient intégrés dans les occasionnels, d’où la survivance de ce type de feuilles jusqu’à la Révolution française. Cependant le rythme de publication ou d’impression des supports d’informations précédents n’était pas régulier, ou alors le rythme de publication n’était pas fixe.

Au cours du XVIème siècle se développent des imprimés qui font une rétrospective, un recensement des événements qui se sont passés sur une période donnée, par exemple les Messrelationen en Allemagne, ou alors Palma de Cayet, en France, fit plusieurs expériences de ce type. Il publia les Chronologies novennaires (qui regroupent les événements de la période 1589-1598) puis il publia les Chronologies septennaires (1598-1604), enfin ses Chronologies devinrent annuelles de 1611 à 1648 sous le titre de Mercure françois. Apparaissent aussi des imprimés périodiques, par exemple les almanachs qui se développent dès la fin du XVème siècle.

Le "Mercure François"
Le « Mercure François »

Au XVIIème siècle apparait un phénomène nouveau dans cet univers de la presse en développement : les gazettes. Elles sont les premiers imprimés véhiculant des faits d’actualités à paraitre à un rythme régulier. Ce sont notamment les guerres de religion, en particulier la guerre de Trente ans (1618-1648), – et le souhait de se tenir informé sur elles, qui permirent aux gazettes de séduire le public européen. Car ces guerres ont permis à ces imprimés d’avoir constamment des choses à dire dans leurs futures publications, et donc de maintenir l’intérêt des lecteurs. Pendant toute la première moitié du XVIIème siècle, des gazettes vont apparaitre dans toute l’Europe. Un premier périodique à paraitre en Europe est le mensuel de S. Dilbaum à Augsbourg en 1597.

Puis entre 1600 et 1620, toutes les grandes villes d’Europe se dotent d’hebdomadaires, ce qui montre la soif d’information des européens, que ce soit dans les villes-carrefour, comme Amsterdam, Francfort ou Hambourg, ou dans les grandes villes, comme Berlin, Prague, Cologne… A partir de 1622, est publié à Londres le Weekely Newes from Italy, Germany, Hungaria, Bohemia, the Palatinate, France and the Low countries dont le titre montre que ce ne sont pas simplement les nouvelles de son pays que l’on veut savoir mais bien celles de toute l’Europe, si ce n’est plus loin. Pendant le deuxième tiers du siècle d’autres villes se dotent de gazettes : Paris en 1631, Florence en 1636 puis Rome 4 ans plus tard, Stockholm en 1644 et Madrid en 1661.

Un exemple intéressant est l’hebdomadaire français de Théophraste Renaudot, la Gazette, qui parait à partir de 1631. L’évolution de cet imprimé nous fournit quelques informations sur son époque.

La Gazette de Théophraste Renaudot
La Gazette de Théophraste Renaudot

En effet, si à son lancement il ne faisait que 4 pages, à partir de 1642 il en fait 8, ce qui montre un certain élargissement du contenu. Par ailleurs, cet hebdomadaire a connu des concurrents qui ont, ou bien fait faillite, ou bien qu’il a absorbé, que ce soit en tant que suppléments à la Gazette ou en les intégrant à celle-ci (c’est le cas des Nouvelles extraordinaires par exemple). Par ailleurs Renaudot proposait des suppléments à côté de cet hebdomadaire, comme les Feuilles du bureau d’adresse, qui étaient le relais papier des petites annonces qu’il recueillait à son « Bureau d’adresse ».

A côté il a essayé de publier un supplément mensuel qui relevait plus du journalisme d’investigation ou du journalisme critique mais celui-ci n’a pas séduit. Un autre élément important est qu’il était soutenu par le pouvoir. Renaudot était lui-même un protégé de la régente Marie de Médicis, et la Gazette permettait la propagande du roi et de son gouvernement. Elle était clairement du côté de Mazarin et de Louis XIV pendant la Fronde, et il existait un hebdomadaire qui soutenait les nobles frondeurs mais il n’a pas survécu. Du fait de ce soutien de la part du pouvoir la Gazette disposait d’avantages pour l’impression et la diffusion de ses feuilles.

Ainsi à la fin du Moyen-Âge et au début de la Renaissance des avancées techniques et des évolutions sociétales permettent le développement de la presse comme support d’information. De plus avec les évolutions que la presse d’information a connues pendant ces trois siècles on peut dire que les ancêtres des journaux sont apparus avec les gazettes : des papiers relayant des informations et paraissant périodiquement.

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