Chronique • La corrida française s’essouffle et tant mieux, la torture n’est pas une culture

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LLa corrida est une pratique tauromachique qui a pour but de mettre à mort l’animal lors d’un spectacle sanguinaire. En France, de telles pratiques, tout comme les combats de coqs, sont encore autorisées dans certains départements où elles constituent une « tradition locale ininterrompue », au nom d’une culture centenaire nous dira-t-on. Mais à l’heure du retrait des cirques animaliers dans certains États, des scandales sur la torture des animaux en abattoir, à l’heure du mode de vie vegan, de la promotion du bien-être animal, comment se fait-il que cette pratique barbare ne soit pas définitivement interdite ?

La notion de culture tauromachique au cœur du débat

On peut s’attrister d’une culture qui disparaît, au temps de la globalisation du monde et de l’uniformisation des pratiques en tout genre, cependant la culture est une notion évolutive et dans certains cas cette transformation apparaît comme nécessaire. Concernant la corrida, il n’est plus possible de se cacher derrière « cette tradition ininterrompue », derrière la continuité de pratiques barbares. La culture en général s’adapte aux valeurs de la société, il doit en être de même pour la culture tauromachique qui non seulement est responsable de la mort de taureaux, mais est également responsable de la mort de nombreux chevaux éventrés par les taureaux. 73% des français pensent, selon un sondage IFOP, que la corrida doit être interdite en France.

carte_villsang© cléah.org Départements et villes principales où la corrida est encore pratiquée

Cependant le Conseil Constitutionnel est clair concernant les « courses de taureaux » : elle ne sont pas inconstitutionnelles. Saisi d’une question prioritaire de constitutionnalité par les associations Droit des animaux et Comité radicalement anti-corrida Europe (CRAC), il avait décidé le 21 septembre 2012, que l’article 521-1 alinéa 7 du code pénal était conforme à la Constitution, puisque le principe d’égalité ne s’oppose pas à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes.

art 521-1 alinéa 7 du code pénal «Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie»

Quelques mois avant cette décision controversée, un autre événement avait créé la polémique en avril 2011 : l’inscription de la corrida au patrimoine immatériel de la France. C’est l’inscription en elle-même qui avait fait parler d’elle mais également la procédure. Le ministre de la culture alors en place, Frédéric Mitterand, n’était pas au courant de cette inscription, dirigée par une commission de son ministère dont il ne connaissait pas l’existence et dont l’un des membre était Philippe Bélaval, co-fondateur de l’observatoire national des cultures taurines.

L’ancien ministre de la culture qui avoue sa désapprobation pour la corrida, qu’il qualifie de « non innocente », n’a pu annuler cette décision prise dans l’obscurité. Les deux associations citées ci-dessus s’étaient immédiatement attaquées à cette inscription avec l’appui d’un collectif d’associations anti-corrida. Face à la crise, la corrida comme patrimoine immatériel de la France avait été retirée du site du ministère de la culture dès le mois de mai. C’est sur ce fondement que le Conseil d’Etat le 27 juillet 2016 a confirmé la décision de la Cour administratif d’appel de Paris, considérant que l’inscription était caduque.

C’est une belle victoire contre la barbarie et contre ces spectacles en plein effondrement économique (perte de public et problèmes financiers). D’autant plus que cette inscription avait servi de prétexte à des malversations fiscales de la part de certains organisateurs de corrida, comme l’explique Roger Lahana, Vice Président du CRAC Europe.

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©Pascale Ménétrier Delalandre

Des arguments pro-corrida à abolir

Elie Arié, dans un article paru dans Marianne, tente d’expliquer pourquoi il est absurde d’interdire la corrida. Il rappelle que la corrida est un sport technique, qui ne peut être apprécié sans connaissance et dont le but et de savoir si le torero a bien exercé son art : à savoir, massacrer des taureaux. Après avoir argumenté sur l’inexistence d’un sadisme chez les amateurs de corrida, il explique que deux voies s’ouvrent au taureau lorsqu’il nait : la boucherie et une vie en tant qu’esclave, ou cinq ans de liberté et un quart d’heure de souffrance lors de la corrida. Il demande alors ce que nous préférions et choisirait la corrida.

Comment peut-il accepter la torture des taureaux au nom d’un choix inexistant pour l’animal, d’une vie qui serait soit disant meilleure ? Comment au nom d’un « sport » cruel peut-il justifier la souffrance d’un animal en s’appuyant sur un contre-exemple qui est un tout autre combat ? En effet la vie d’un animal d’un élevage industriel n’a rien d’enviable mais pourquoi l’homme devrait-il faire souffrir dans les deux cas l’animal ? N’y a t-il pas d’autres moyens de consommer de la viande sans soutenir l’élevage industriel ? Ce sont deux combats bien distincts qui méritent tous deux de trouver des solutions pour mettre fin à la souffrance animale.

Et rappelons le, c’est bien une torture que va subir l’animal durant de longues minutes lors de la corrida, où le but du jeu, divisé en trois actes, est de planter à certains endroits précis du corps du taureau (tel que la quatrième et la septième vertèbre dorsale) des piques qui affaibliront l’animal et l’empêcheront de bouger la tête. Puis il s’agit de lui planter une épée dans le garrot. Et si le taureau n’a pas succombé aux différents coups d’épée, le matador doit planter une nouvelle arme entre les deux cornes du taureau pour lui « lacérer le cerveau », explique le CRAC dans un article nommé « Le spectacle ».

D’autres aficionados de la corrida répliquent par exemple que les anti-corridas feraient mieux de s’occuper de l’abattage halal, mais encore ici c’est un tout autre combat, qui est également dénoncé par les défenseurs des animaux.

Les manifestations continuent

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© citizenside, Manifestation anti-corrida pour la feria (fête annuelle taurine) du riz à Arles en septembre 2013
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© veganactu, manifestation à Pampelune septembre 2016

La corrida doit être abolie pour le bien-être des animaux et parce que le XXIe siècle ne peut plus être le théâtre de ces pratiques d’un autre temps qui ne correspondent plus aux valeurs de nos sociétés.

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