Comprendre l’actu • Tentative de prise de pouvoir militaire en Turquie : qu’est-ce qu’un coup d’État ?

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CCe vendredi 15 juillet, le premier ministre turc a annoncé une tentative de coup d’État militaire en Turquie, une information rapidement confirmée par les agences de presse et étayée par les photos et vidéos prises sur place, témoignant d’un vaste déploiement de l’armée. Des militaires ont en effet annoncé avoir pris le pouvoir. Erdogan a appelé le peuple à descendre dans les rues pour « résister ». Les informations sur la question paraissent au compte-goutte, la situation est en constante évolution. Afin d’avoir toutes les clés en main pour comprendre les actualités sur le sujet, et les enjeux, nous vous proposons une explication claire et précise sur ce qu’est concrètement un coup d’État.

[Mise à jour 16/07/2016 à 11h : la tentative de coup d’État a échoué. Une brève mise en perspective de cet échec est à lire en bas de cet article.]

Une accession brutale au pouvoir

Le coup d’État s’illustre par l’emploi de la force, et bien souvent il est donc violent. Qui plus est, en plus d’être illégal, il est considéré comme illégitime.

On oppose souvent, sur le fond, le coup d’État à la révolution. Une révolution est également illégale mais souvent décrite comme légitime, et se veut provenir d’une source populaire, c’est-à-dire de membres d’un groupe n’ayant pas déjà de quelconques postes de pouvoir. Le coup d’État en revanche provient d’un groupe (souvent conduit par un leader) déjà présent au pouvoir, investi d’une autorité : un ministre ou un chef militaire, une fraction de gouvernement ou de l’armée faisant scission.

Le groupe en question va alors renverser le gouvernement et l’ordre établi. Il existe une variante, qui est aussi un synonyme : le « putsch ». Le mot est assez pratique pour comprendre ce que cela implique : c’est l’idée que l’on « pousse » quelqu’un vers la sortie. La seule nuance entre les deux expressions, c’est que le putsch est nécessairement militaire, tandis qu’un coup d’État peut aussi provenir de la participation de civils.

La stratégie du coup d’État, dans son moment de réalisation, consiste à prendre le contrôle d’organes essentiels du pouvoir, notamment en investissant des lieux symboliques (une Assemblée par exemple). Puisqu’il s’agit de neutraliser le précédent gouvernement, les membres dirigeants du pouvoir qui est renversé sont arrêtés, pris en otage si ce n’est tués par les putschistes. Cela permet aussi de freiner toute possibilité de riposte. C’est pour cette raison que le chef d’état-major de l’armée Turque a été pris en otage dans l’actuel coup d’État contre le pouvoir en place. D’ailleurs, même les chaines de télé ont été investies par l’armée turque rebelle : prendre possession des moyens de communication fait partie de la recette globale.

Utiliser les médias permettra alors de convaincre l’opinion publique du bien-fondé de ce renversement du pouvoir, afin de rassurer la population, et de légitimer l’acte et les nouvelles structures étatiques.

Un coup d’État réussi ne peut l’être que s’il parvient à garder le secret sur son but jusqu’au bout, sans quoi il est en général facilement déjoué. Il s’agit de frapper par surprise, de façon inattendue. Le passage à l’action, une fois le coup déclenché, va être particulièrement rapide dans son exécution, toujours dans cette fameuse optique de prendre brutalement le pouvoir pour empêcher toute riposte organisée.

Une fois le coup d’État terminé et s’il est réussi, un vide constitutionnel se met en place : il n’y a plus de structure gouvernementale, plus de lois. Le groupe à l’origine du coup d’État va donc se positionner comme pouvoir constituant originaire en promulguant une nouvelle constitution, et donc en bref un nouvel État. On efface tout et on recommence. En règle générale, il vaut mieux que le nouvel État et la méthode utilisée lors de l’action soient acceptés par la communauté politique régionale ou internationale, afin de bénéficier d’une légitimité, sans quoi une intervention extérieure n’est pas à exclure.

L’expression de « coup d’État » remonte à l’un des événements français les plus importants de l’Histoire : la prise de pouvoir par Napoléon. Le 18 brumaire 1799, Napoléon Bonaparte prend en effet la tête de l’armée, fait déplacer les parlementaires, pour ainsi renverser le Directoire, et instaurer le consulat qui deviendra plus tard l’empire. Dans l’Histoire, les coups d’État « réussis » ont été majoritairement militaires, mieux préparés et plus brutaux.

Mise à jour du 16/07/2016, à 11h :

Le premier ministre turc a annoncé le lendemain matin, vers 10h heure française, avoir repris le contrôle du pays. Le coup d’État a donc été mis en échec. Le bilan est très lourd : 160 personnes tuées, et plus de 1400 blessés. Au moins 2800 militaires putschistes ont été arrêtés, et une centaine abattus. Ci-dessous, nous vous proposons de mettre en perspective les raisons de cet échec avec les notions expliquées dans cet article.

Le président américain Barack Obama avait donné son soutien dans la nuit au gouvernement en place, car «démocratiquement élu». Le ministre russe des Affaires étrangères avait quant à lui transmis son souhait d’éviter «tout affrontement meurtrier». L’OTAN n’était pas non plus favorable au coup d’État, si l’on en croit les paroles de son secrétaire général, qui salue « le fort soutien » à « la démocratie et au gouvernement démocratiquement élu de Turquie. » Le Qatar, allié de la Turquie dans le Gofle, a également montré son opposition à cette tentative. Le président Erdogan avait de son côté appelé le peuple à descendre dans la rue pour résister : un appel qui a reçu une réponse massive de la part des habitants, qui se sont donc opposés aux militaires putschistes. Ainsi, comme nous l’expliquions dans cet article, un coup d’État a besoin de recevoir une légitimité extérieure régionale/internationale, ainsi que vis-à-vis de l’opinion populaire… aucun des deux critères n’était réuni.

Le chef de l’État, Recep Tayyip Erdogan, était en vacances sur la côte sud-ouest du pays. Rappelez-vous alors ce que nous vous expliquions également : un coup d’État se veut inattendu, par surprise, à un moment où la riposte est difficile à organiser pour le pouvoir en place. Ainsi, il est courant que la tentative se fasse lorsque le chef de l’État est en voyage à l’étranger, ou en vacances, comme ce fut le cas ce 15 juillet. Toutefois, les nouvelles technologies ont permis au président de s’exprimer à sa population via Facetime, une application sur smartphone dont l’image fut alors retransmise à la télévision. Les informations sur la situation se sont également rapidement diffusées sur les réseaux sociaux, qui ne sont pas restés si longtemps désactivés dans le pays. L’effet de surprise s’est rapidement estompé, une riposte a pu se mettre en place avant que les putschistes puissent se structurer davantage.

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