Chronique • « Les requins sont nos amis, on n’y touche plus ! » La peur du requin est-elle fondée ?

(©Fabrice Boissier) Requin océanique paisible, une des espèces potentiellement dangereuses pour les hommes.
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SSi cette affirmation ne saurait convaincre la plupart d’entre nous, la place du requin est incontestablement à reconsidérer dans nos sociétés. Cet animal, dont un quart des espèces est menacé, jouit de l’image fantasmée du « mangeur d’hommes ». Depuis Les Dents de la mer, et suite à de nombreux films tels que Sharknado, Shark Attack, Jurassic Shark … et bientôt The Shallows avec Blake Lively prévu pour août 2016, le requin, cet animal mal connu, n’a cessé d’être considéré comme l’ennemi n°1 de l’homme dans la mer.

La peur du requin : une image tuante

L’image du requin est sur-médiatisée non seulement par les films mais également par les journaux, lors des attaques malheureuses certes, mais rares (10 décès par an dans le monde) par rapport au nombre de personnes tuées par d’autres animaux tels que les hippopotames, les méduses (50 par an), les moustiques (800 000 par an) ou par des noix de cocos sur les plages (150 par an). Les requins font peur et les médias l’utilisent beaucoup trop dans ce sens.

La technique du chum, un mélange de sang et de morceaux de poissons, utilisée pour attirer les requins et les prendre en photo, alimente également cette peur. En effet, en arrivant sur le lieu où a été jeté ce mélange, le requin est déjà dans un état d’excitation qui n’est pas son état naturel. Les photos ou les vidéos prises veulent toujours montrer le requin la mâchoire grande ouverte et n’ayant qu’un objectif : manger tout ce qui se trouve sur son passage.

Or, ce n’est pas le véritable caractère du requin qui est dévoilé dans ces images terrifiantes, et surtout vendeuses. Alors que seulement cinq espèces de requin sont dangereuses pour l’homme (le grand requin blanc, le requin bouledogue, le requin océanique, le requin tigre et le requin marteau), c’est toutes les populations de requins qui sont menacées par cette représentation faussée qu’a l’homme du requin.

© Youtupe/Go Pro Caméra Ocean Ramsey spécialiste en plongée, nage avec un grand requin blanc
© Youtupe/Go Pro Caméra Ocean Ramsey spécialiste en plongée, nage avec un grand requin blanc

On constate de plus en plus d’animaux, tels que les tortues ou les dauphins, être torturés sur des plages pour que les touristes puissent se prendre en selfie avec eux. Les requins sont également des victimes de cette soif de vouloir toucher et être pris en photo avec des animaux sauvages.

© Facebook Ce requin bleu est mort d'asphyxie sur une plage de République dominicaine pour un simple selfie ...
© Facebook Ce requin bleu est mort d’asphyxie sur une plage de République dominicaine pour un simple selfie …

Le problème avec les requins c’est que leur image d’assassin attire bien moins la sympathie pour aider à leur conservation. Pourtant ils ont un rôle essentiel au sein de leurs écosystèmes. Placé le plus souvent en haut de la chaîne alimentaire, ils régulent ainsi toutes les populations des espèces situées en dessous. Des études ont en effet montré que la diminution des requins avaient un impact sur la diminution des crustacés, car les prédateurs des crustacés, proies des requins, s’étaient multipliés. De plus, ils protègent les populations des maladies en se nourrissant des animaux malades.

Les attaques de requin : politisation et solution

Tout comme en Australie, en France sur l’Île de la Réunion, après des attaques de requins sont souvent lancés des plans d’élimination autour des côtes. Pourtant, selon les scientifiques et les spécialistes du droit de protection de la nature, cette technique est non seulement inefficace mais est aussi une réponse médiatique de gouvernements incapables de gérer ces situations. Seulement quelques requins seront tués, ce qui n’empêchera que d’autres viendront venir à leur tour sur les côtes. Ces massacres sont donc… inutiles.

Pour certains scientifiques, c’est le manque de nourriture qui mènerait les requins auprès des côtes, mais cette hypothèse n’a pu être vérifiée. Ce qui est certain, c’est que l’augmentation du nombre d’attaques est due à l’augmentation du nombre de rencontres entre les requins et les hommes par le biais du développement des activités balnéaires et notamment du surf. Ce sont en effet principalement des surfeurs qui sont attaqués par les requins, probablement à cause d’une confusion entre la forme de la planche et la forme des proies du requin ou par simple curiosité.

Selon Sébastien Mabile, avocat au barreau de Paris et spécialiste du droit de la protection de la nature, il faut que l’homme cohabite avec ces super-prédateurs en évitant les plages qui sont répertoriées comme étant un lieu fréquent de passage des requins et en s’adaptant aux moments de chasse des requins que sont l’aube et le crépuscule. Pour S. Mabile les surfeurs doivent assumer les risques qu’ils prennent comme les alpinistes qui prennent le risque de se faire emporter par une avalanche.

© Peter Parks
© Peter Parks

Certaines solutions ont été mises en place pour prévenir les surfeurs et les baigneurs de la présence de requins. Depuis février 2016 en Australie, patrouillent des drones équipés de caméras haute définition qui détectent les requins près des côtes et envoient aux nageurs en danger une nacelle comportant un canot pneumatique, un répulsif anti-requin et un équipement médical.

Des espèces à protéger

La mauvaise réputation des requins ne participe pas à encourager leur conservation. Pourtant les requins font l’objet d’un « génocide silencieux », 150 millions de requins sont tués chaque année dans le monde. En moins de 20 ans la population des requins a diminué de 50%, certaines espèces ont même atteint une diminution de 90%. L’homme est malheureusement encore responsable de ce massacre, de cette pêche intensive et illégale qui tue plus de 270 000 requin par jour.

D’après Humanité et Biodiversité on estime à 50% le nombre de prises accidentelles de requins. Il est aussi pêché intentionnellement pour sa peau, son foie, sa chair, son cartilage et principalement pour ses ailerons. Cette pêche aux ailerons est appelée le shark finning, les pêcheurs découpent les ailerons qui se vendront 600€/kg pour les soupes en Asie et rejettent les corps des requins encore vivant dans l’océan. Les animaux ne peuvent plus se déplacer, subissent d’atroces souffrances et peuvent agoniser pendant plus de 90 jours.

©http://dontbeafraidoftheshark.blogspot.fr Résultat du Shark finning
©http://dontbeafraidoftheshark.blogspot.fr Résultat du Shark finning
©Gary Stokes/ Sea Shepherd Ailerons de requins à Hong Kong
©Gary Stokes/ Sea Shepherd Ailerons de requins à Hong Kong
©http://www.zmescience.com
©http://www.zmescience.com

Les requins se reproduisent lentement et sont souvent tués avant d’avoir pu engendrer une descendance. Ils sont également menacés par les pollutions (environnementales, sonores…) et le réchauffement climatique.

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