Arabie Saoudite • La réforme « Vision 2030 » : une question de survie économique pour le pays

Le prince Mohammed ben Salmane avec Mark Zuckerberg. Le prince est depuis la semaine dernière aux Etats-Unis afin d'attirer de potentiels investisseurs dans le cadre de "Vision 2030".
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MMardi 7 juin dernier, le Vice-Prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane Al Saoud, a présenté à Jeddah son Plan de Transformation Nationale (PTN). Le PTN est le volet économique de « Vision 2030 », un plus vaste programme de réformes économiques et sociales dévoilé fin avril 2016. La couronne Saoudienne entend, par ces réformes, restructurer l’économie du pays, afin de le sortir de la crise à laquelle il fait face depuis la chute des cours du pétrole.

90% des recettes budgétaires saoudiennes proviennent du pétrole

Dans cet État où les revenus des habitants ne sont pas imposés, le gouvernement a toujours compté sur les revenus de l’industrie pétrolière pour couvrir les dépenses publiques. L’or noir représente ainsi 90% des recettes budgétaires de l’Arabie Saoudite.

Depuis toujours, en cas de baisse des cours du pétrole, les pays membres de l’OPEP s’entendaient pour ralentir la production du précieux carburant. Cette fois-ci cependant, le cartel n’est pas parvenu à un accord, en raison du refus de coopération de l’Arabie Saoudite qui ne souhaitait pas qu’un ralentissement de la production de pétrole n’avantage l’Iran, son ennemi juré, qui ne devait pas être tenu de ralentir sa production (l’OPEC ne voulait pas trop pénaliser l’Iran qui peine à se remettre des sanctions économiques pesaient sur elles il y a peu).

L’absence d’accord a favorisé une surproduction de pétrole, et une chute vertigineuse de son cours pendant deux ans. Le prix du baril est ainsi passé d’une moyenne de 111,73 dollars en septembre 2014 à une moyenne de 32,20 dollars en février 2016 (selon le Ministère Français de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer), et n’enregistre de hausse que depuis mars dernier. Ce récent redressement est à imputer aux crises politiques qui touchent d’autres pays pétroliers comme le Vénézuela, la Libye ou le Nigeria, causant une baisse de leur production pétrolière. De plus, les prévisions de hausse de la consommation de pétrole émanant de l’Agence Internationale de l’Energie, ont redonné confiance aux marchés.

Un déficit budgétaire en expansion

Malgré la baisse significative des recettes pétrolières, le gouvernement Saoudien n’a pas hésité à augmenter ses dépenses et à adopter des budgets déficitaires. En effet, il misait sur une très hypothétiquement proche augmentation du prix du baril, grâce à laquelle, il engrangerait de plus importants revenus pour combler le déficit des finances publiques. Ce redressement n’ayant pas eu lieu, le déficit budgétaire de l’Arabie Saoudite s’est creusé de manière significative au cours des deux dernières années.

Le FMI annonçait d’ailleurs en octobre 2015, que si la situation restait en l’état, le royaume serait en faillite d’ici 2020.

Sortir de la pétro-dépendance par une restructuration économique

Il est encore trop tôt pour savoir si la hausse récente du cours du pétrole sera durable ou si le baril reviendra aux taux d’avant septembre 2014, et mais cela importe peu. En effet, que le cours connaisse un regain extraordinaire et atteigne un taux record du jour au lendemain, ne changera rien au fait que l’Arabie Saoudite ne peut plus se permettre de dépendre uniquement de l’Or Noir. C’est pour cette raison que le gouvernement saoudien a adopté le PTN.

Dans ses grandes lignes, le PTN prévoit pour la diversification des recettes publiques, une privatisation à hauteur de moins de 5% de ARAMCO (la compagnie pétrolière nationale), une augmentation de l’exportation des ressources énergétiques non pétrolières (l’Arabie Saoudite possède notamment des ressources de gaz encore sous-exploitées) et un développement du secteur des énergies renouvelables, afin de devenir leader sur ce marché.

Par ailleurs, une restructuration des dépenses l’Etat compte aussi parmi les objectifs du PTN, à travers des mesures comme la réduction de la part de la masse salariale de la fonction publique, qui passerait de 45 à 40% des dépenses publiques. De surcroît, le gouvernement saoudien envisage de créer de nouveaux emplois, attirer les investissements et réduire leurs importations grâce, entre autres, à la création de parcs industriels ainsi que d’un complexe international de construction navale.

Si le PTN est susceptible de redynamiser l’économie saoudienne, son efficacité est pour l’instant difficile à mesurer, puisqu’elle dépend en grande partie de son degré d’application. Le plus important frein à la mise en place du PTN pourrait venir de la société saoudienne. En effet, si les Saoud sont des monarques absolus, leur pouvoir repose sur un fragile équilibre fondé sur le consentement de la population saoudienne, et en particulier, sur celui de ses hauts dignitaires, connus pour leur conservatisme.

Les récents remaniements ministériels opérés par le roi Salmane témoignent cependant de sa volonté de renouveler la politique du royaume dans son ensemble.

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