Brexit • Les conséquences politiques du « oui » : démission de Cameron, sursauts à l’étranger

David Cameron lors de son allocution juste après le résultat du référendum, lorsqu'il annonce sa démission. (©REUTERS/Stefan Wermuth)
[:fr]

LLe 24 juin 2016 est un jour historique en Europe : le référendum demandant au peuple britannique s’il souhaite partir de l’Union européenne s’est conclu par un « oui » à 51,9%. Et ce, qui plus est, avec une participation élevée, à plus de 72%. Les personnalités politiques n’ont pas tardé à faire savoir leur opinion sur la question, de la France aux États-Unis. David Cameron, quant à lui, a annoncé sa démission.

VOIR AUSSI • Les conséquences du « oui » : les unes et dessins de presse au lendemain du vote VOIR AUSSI • Brexit • Les conséquences du « oui » : les bourses sont en panique

David Cameron démissionnera dans trois mois

« Je ne peux plus être le capitaine qui conduira ce vaisseau vers sa prochaine destination » a déploré David Cameron, le Premier ministre britannique, lors d’une allocution au lendemain du résultat de ce référendum. « Les Britanniques ont pris une décision claire (…) et je pense que le pays a besoin d’un nouveau leader. »

C’est bel et bien sa démission que David Cameron a donc annoncé ce vendredi. Il a toutefois précisé assurer ses fonctions encore jusqu’en octobre, le temps qu’un successeur soit désigné par le Parti conservateur. David Cameron avait milité pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, et avait même fait reposé sa campagne sur la promesse de l’organisation de ce référendum. Ce vote est donc une défaite politique pour lui, ou en tout cas un désaveu.

VOIR AUSSI • Comprendre les origines et les enjeux du référendum britannique

Le favoris pour le remplacer, bien évidemment, est l’homme qui sort gagnant de ce référendum, grand partisan et fervent militant du Brexit : Boris Johnson, l’ancien maire de Londres à la dégaine si particulière, qui est l’un des représentants de l’europhobie. Rien n’est joué d’avance cela dit, encore plus dans ce contexte d’incertitude quant à l’avenir politique et économique de la Grande Bretagne.

Barack Obama « respecte » la décision

Le président des États-Unis, Barack Obama, n’a jamais caché son avis sur le Brexit : il est contre. On se souvient en effet de son plaidoyer, en avril dernier, pour le maintien de la Grande Bretagne dans l’Union européenne. « L’Union européenne ne diminue pas l’influence britannique, elle l’amplifie » avait-il écrit alors.

C’est dans un communiqué succinct qu’il a sobrement exprimé, au lendemain du référendum, respecter la décision des habitants du Royaume-Uni. Ce communiqué de la Maison Blanche insiste surtout sur l’importance du maintien d’un partenariat : « La relation spéciale entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni s’inscrit dans la durée. » En avril dernier, il avait pourtant déclaré que « certains pensent peut-être qu’il y aura un accord de libre échange Etats-Unis/Royaume-Uni mais cela n’arrivera pas de sitôt (…). Le Royaume-Uni sera en queue de peloton. »

Une position pour l’instant ambigüe, donc, de la part de la Maison Blanche.

Hollande « regrette » un choix « douloureux »

En France, le Président François Hollande s’est exprimé vendredi midi dans une allocution télévisée depuis l’Élysée. « C’est un choix douloureux, et je ne le regrette profondément, pour le Royaume-Uni et pour l’Europe » a t-il commencé à dire, avant d’affirmer vouloir en tirer toutes les conséquences.

Pour lui, ce choix britannique met l’Europe à l’épreuve, et constitue l’occasion d’en montrer la solidité et la force. Il s’agit donc de « prendre conscience des insuffisances de l’Europe et de la perte de confiance des peuples dans le projet qu’elle porte », et pour ce faire « un sursaut est nécessaire. »

Le Président en a profité pour rappeler les valeurs de l’Europe (« liberté, tolérance, paix »), avant de mettre en garde : la « dilution de l’Europe » implique un « risque de repli ». Il faut donc des changements profonds selon François Hollande. « L’Histoire nous juge (…) soyons à la hauteur de la circonstance que nous traversons » a t-il conclu.

Comme Barack Obama, François Hollande a tout de même rappelé au cours de son allocution l’importance du partenariat avec le Royaume-Uni, un « pays ami ».

Un « coup porté à l’Europe » selon Merkel

La chancelière allemande Angela Merkel, de son côté, a été très clair quant à ce départ, qu’elle dit regretter mais tout en admettant avoir une « responsabilité » dans ce qu’il se passe actuellement et va se passer ensuite. Pour elle, une véritable crise s’ouvre maintenant car « c’est un coup porté à l’Europe, un coup porté au processus d’unification européenne. » Angela Merkel a toutefois appelé au calme, il ne faut pas « réagir de manière trop hâtive » à ce référendum, afin de laisser le processus suivre un cours normal. « L’Europe est assez forte » pour trouver une réponse selon elle.

Elle a appelé, comme François Hollande, à réfléchir aux « doutes » qui ont généré ce vote, et à prendre conscience de la crise de confiance des peuples européens envers l’Union. Il faut, selon Angela Merkel, montrer aux européens comment l’Union européenne « améliore leur vie quotidienne. »

La chancelière a rappelé en fin d’allocution que la Grande Bretagne reste membre de l’UE tant qu’elle n’en est pas officiellement sortie, et de fait elle fera partie des négociations visant à prendre acte des changements qu’implique ce départ.

En France, la classe politique demande une refondation de l’UE

Manuel Valls, dans la ligne fixée par le président de la République, a réaffirmé qu’il fallait respecter la décision des britanniques. Toutefois, cet événement est selon lui « révélateur d’un malaise trop longtemps ignoré » en Europe, une conséquence d’avoir « fermé les yeux sur les avertissements et les doutes exprimés par les peuples européens. » a t-il déclaré, avant d’avertir d’un risque de dislocation de l’Union Européenne.

« L’Union européenne, on la change ou on la quitte » a tweeté Jean-Luc Mélenchon, car pour lui les Présidents français successifs et les « eurocrates » ont violé la confiance du peuple. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a déclaré de façon similaire qu’il était temps de « refonder l’Europe » du fait d’un désaveu populaire.

Même son de cloche dans l’opposition de droite. « L’Europe (…) ne peut plus fonctionner de cette manière. La question de sa refondation profonde est donc urgente. Elle n’a que trop tardé. » a déclaré Nicolas Sarkozy, en tant que président du parti Les Républicains, allant jusqu’à demander l’élaboration d’un « nouveau Traité. » Alain Juppé, pour qui ce départ est un « choc historique », en a quant à lui profité pour rappeler que, selon lui, il faut stopper l’élargissement de l’Union européenne : « Faire entrer aujourd’hui la Turquie dans l’Europe, c’est la disloquer définitivement. »

Sans surprise, les frontistes se sont, eux, réjouis du résultat de ce vote. Marine Le Pen appelle à l’instauration d’un référendum similaire en France.
[:]

Abonnez-vous à notre mag

Entrez votre adresse e-mail ici pour recevoir une notification de nos nouvelles publications.

Publicité

Les publicités ne servent qu'à financer l'hébergement de notre site internet, WIDE étant réalisé par des étudiants bénévoles.

Suivez-nous

Rejoignez WIDE sur Facebook et sur Twitter.