Traditions et célébrations du solstice d’été à travers l’Histoire et les civilisations

Jules Breton, La Fête de la Saint-Jean, 1875, musée des beaux-arts de Philadelphie
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UUne fois dans l’année la position du soleil atteint dans le ciel de la Terre son extrême septentrional, c’est-à-dire que le soleil est visible à son « zénith » – sa position la plus haute dans le ciel. En réalité, cette impression que le soleil a une place différente dans le ciel est due au fait que notre planète est inclinée de 23 degrés sur le plan de rotation de la Terre par rapport au soleil, comme il est possible de le voir sur le schéma ci-dessous. Cette période implique six mois de jour au pôle Nord, et six mois de nuit au pôle sud.

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La conséquence la plus visible pour nous, en hémisphère nord, c’est le rallongement de la durée du jour. Par exemple, en 2015, à Paris, le soleil est apparu dès 5h47, pour disparaitre à 21h58. C’est aussi à ce moment-là que les ombres sont les plus courtes. Le solstice d’été fait donc partie de ces moments où notre présence dans un cycle naturel plus grand que nous est particulièrement visible. Pour de nombreuses civilisations, au cours de l’Histoire, ce jour revêt des significations bien particulières, se traduisant notamment par des célébrations.

La fête de la saint Jean

La tradition la plus connue en France, c’est très certainement la fête de la saint Jean, qui perdure plus ou moins encore aujourd’hui. Cette célébration consiste à allumer, à la tombée de la nuit du 23 juin, un grand feu de joie. Si cette pratique a été christianisée vers le VIe siècle, dans le but de célébrer la naissance de saint Jean Baptiste, les origines sont pourtant bel et bien païennes et lointaines, et l’on peut les retrouver notamment dans les civilisations celtique ou scandinave.

Cette coutume de danser autour de grands feux durant la courte nuit du solstice d’été avait en fait pour but, de façon ancestrale, de fêter le Soleil, la victoire de la lumière et le sacre de la nature. Dans toutes les représentations festives du solstice d’été, on retrouve comme éléments centraux le feu (le soleil) et la nature (les moissons, les dieux).

Le choix du 21 juin pour la fête de la musique en France, depuis 1982, repose justement sur le fait que cette date est festive depuis des siècles.

La « Litha » chez les celtes

Pour les celtes, le solstice d’été représente le moment où les pouvoirs du dieu de la nature sont les plus puissants, et où la fertilité atteint son paroxysme. C’est donc une période pleine de vie, durant laquelle on célèbre notamment l’amour, la protection et la guérison. Les récoltes étant pour bientôt, on y fête également l’abondance. Les pratiques ne sont pas sans rappeler la saint Jean : durant la « fête de Litha », on allume de grands feux de joie, on danse, on fait passer des troupeaux de bétail entre deux feux pour favoriser la fertilité des animaux de ferme.

C’est durant cette phase qu’il y avait le plus de mariages. Certains voient dans cette tradition l’origine de la lune de miel : on récoltait le miel durant cette époque propice de l’année, et on le faisait manger aux fiancés avant le mariage. Cela devait leur apporter protection et fertilité, conformément à ce qu’est censée apporter cette période.

Durant le solstice d’été, comme dans toutes les fêtes celtiques, le voile entre les mondes est censé être particulièrement fin : c’est donc l’occasion de rencontrer le « petit peuple » (fées, esprits…).  Il faut aussi relever que c’est un moment qui n’est pas exempt de conflictualité, puisque dans la spiritualité celtique c’est aussi une période où le Dieu du Chêne (Dieu de l’ »année qui croît ») et le Dieu du Houx (Dieu de l’ »année qui décroît ») se combattent, car le solstice d’été est certes le jour le plus long, mais une fois passé les jours commencent à raccourcirent.

Les prêtres druidiques accomplissaient également de nombreux rituels d’hommage à la nature, notamment en récoltant des herbes « magiques ». Au sujet des rituels, impossible de ne pas parler de Stonehenge. Ce monument mégalithique est alignée en son axe central sur le solstice d’été.

solstice d'été stonehenge

Mais, même si de nombreuses théories circulent, et que des milliers de personnes se rassemblent systématiquement à Stonehenge chaque été encore aujourd’hui, on ne sait pas réellement à quoi servait ce mégalithe, et il y a même des éléments venant attester de l’idée qu’il était davantage utilisé pour le solstice d’hiver.

L’aspect juridique des vikings

Pour la civilisation nordique ancienne de la Scandinavie pré-chrétienne (les « vikings »), le solstice d’été était là encore le moment pour allumer de grands feux de joie et faire la fête, mais un aspect plus formel y était aussi associé : c’était une date considérée comme particulièrement propice pour régler les questions et conflits juridiques.

Il faut préciser que dans les pays nordiques, situés bien plus au nord de l’hémisphère, le soleil ne se couche tout simplement pas à cette date de l’année. C’est le fameux « soleil de minuit ». Encore aujourd’hui, certains rites festifs ancestraux ont été conservés, faisant d’ailleurs de nos jours l’objet d’une demande touristique immense – notamment en Islande.

Dans l’Antiquité, de l’Égypte à la Chine

Pour les égyptiens de l’Antiquité, le solstice d’été correspondait tout simplement à la nouvelle année de leur calendrier. Qui plus est, c’est au même moment que les eaux du Nil commencent à gonfler.

Cette date correspond tout autant au premier jour de l’année dans la Grèce antique d’Athènes – en revanche à Thèbes l’année commençait au solstice d’hiver, et à Sparte à l’équinoxe d’automne. C’était l’occasion pour les grecs de célébrer le dieu de l’agriculture, Kronos. Un point tout à fait intéressant est le bousculement du code social grec : les esclaves étaient exceptionnellement autorisés à participer aux festivités, et pouvaient même être servis par les maîtres eux-mêmes. Enfin, le solstice se situait exactement un mois avant le début des Jeux olympiques.

En Chine antique, le solstice d’été était envisagé en complément du solstice d’hiver. En effet, si le solstice d’hiver permettait de célébrer le ciel, la masculinité et le yang, le solstice d’été était la célébration de la Terre, de la féminité et du yin. L’une des plus vieilles coutumes, en dehors des feux de joie comme dans beaucoup de civilisations, consistait à faire sauter des couples par-dessus des flammes afin de prédire quelle hauteur atteindraient les récoltes de l’année.

Sur le continent américain

En ce qui concerne les civilisations maya et aztèque (dites « pré-colombiennes »), nous ne savons que peu de choses sur leurs rituels, ce sont donc surtout les édifices qui nous révèlent l’importance qu’avait ce jour à leurs yeux. De nombreux temples et divers édifices sont construits en fonction des ombres projetées par des phénomènes astrologiques majeurs tels que, justement, le solstice d’été.

Les tribus amérindiennes ne sont pas en reste de cérémonies à cette date. Les sioux avaient pour coutume de danser autour d’un arbre, en arborant des couleurs symbolisant le soleil.

Et la préhistoire ?

Bien que non-confirmé unanimement par la communauté scientifique à l’heure actuelle, les travaux de l’archéoastronome Chantal Jègues-Wolkiewiez sur les grottes ornées préhistoriques peuvent avoir le mérite d’être intriguant. Elle affirme en effet, à travers ses mesures, que les entrées de ces grottes sont positionnées en fonction des solstices et équinoxes. Cela aurait donc permis aux peuples préhistoriques de célébrer ces événements, à l’intérieur des grottes.

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