Portrait • Virginia Raggi, première femme maire de Rome et symbole du M5S

© AFP FILIPPO MONTEFORTE
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FFace à une classe politique traditionnelle complètement discréditée à Rome, c’est Virginia Raggi qui a accédé au poste de  maire de la ville ce dimanche 19 juin, remportant 67% des suffrages. Elle fait partie du mouvement « 5 étoiles » (M5S), un groupe populiste anti-système, qui se dresse comme principal parti d’opposition en Italie. C’est la première fois dans l’Histoire de la cité antique qu’une femme occupe ce poste.

Une « inconnue »

Avocate de formation, spécialisée en droit d’auteur et en propriété intellectuelle, Virginia Raggi est nouvelle en politique. Sa première expérience d’élue remonte à 2011 : elle devient conseillère d’arrondissement à cette date, sous l’égide du M5S – mouvement créé en 2009 par l’humoriste Beppe Grillo. A partir de 2013, elle devient conseillère et porte-parole du M5S à la mairie de Rome, mais durant toutes ces années elle reste inconnue du grand public.

Aujourd’hui âgée de 37 ans et mère d’un petit garçon, elle se fait connaitre à travers les primaires de son mouvement il y a quelques mois, qui se passent sur Internet conformément aux pratiques du M5S. Sa campagne se déroule en étant portée par le slogan « coraggio » (courage). Lors des débats télévisés, elle s’est illustrée par son éloquence, avec des déclarations véhémentes : « si vous voulez que rien ne change, votez pour eux. », parlant de ses concurrents.

C’est peut-être donc l’attrait de la nouveauté, et de l’honnêteté, qui a permis à la jeune femme de convaincre dans les urnes. Cela dit, quelques casseroles sont passées inaperçues. Virginia Raggi avait des responsabilités dans une société s’occupant de la régie des transports municipaux de Rome, dont plusieurs dirigeants ont été mis en examen. Elle a également travaillé comme avocate de la commune de Civitavecchia, période durant laquelle elle n’a pas déclaré la totalité de ses honoraires.

La ville éternelle en perdition

A Rome, la classe politique traditionnelle a perdu toute crédibilité lors du scandale de la « mafia capitale » en 2014. On découvre cette année-là tout un réseau de corruption mêlant les élus municipaux et les principaux entrepreneurs de la ville à la mafia. Le maire de centre-gauche, Ignazio Marino, a quant à lui été forcé de démissionner dans une affaire de fausses notes de frais. Ce n’est donc pas pour rien que les militants soutenant la candidature de Virginia Raggi avaient pour mots de ralliement « Honnêteté » et « Légalité ».

En dehors de la corruption, la « ville éternelle » est dans un état désastreux. Les dettes cumulées atteignent dorénavant 13,5 milliards d’euros, même si ce n’est pas le plus visible. Les questions d’urbanisme sont encore plus prééminentes.

Les Romains sont en effet exaspérés par des transports publics obsolètes, toujours en retard parce que bondés ou constamment en grève, tandis qu’une troisième ligne de métro se fait attendre depuis plus de 16 ans en accumulant les retards dans sa construction. Le ramassage des ordures est également considéré comme dysfonctionnel, les poubelles s’amoncellent dans les rues de Rome, et les monuments ne sont pas épargnés. La voirie est jugée comme tout autant mal entretenue : 40% des chaussées sont fracturées.

C’est pour toutes ces raisons que le programme de Virginia Raggi repose sur trois piliers : transports, ordures, transparence. Elle n’a pas détaillé davantage son programme, consciente de la difficulté à faire des promesses dans ce contexte, mais c’était en tout cas suffisant pour convaincre des Romains qui n’en pouvaient plus de cette situation de « mauvais gouvernement » de leur cité millénaire.

Lors de son discours de victoire, la jeune femme, nouveau symbole de la progression du M5S, a donc tout naturellement déclaré :  « Maintenant au travail, il y a tant de problèmes (… mais) je suis prête à gouverner. »

Le M5S : l’avertissement envers Matteo Renzi

Rome n’est pas la seule ville a avoir été gagnée par le mouvement populiste du « 5 étoiles », ce fut aussi le cas de Turin, où Chiara Appendino, 31 ans, a remporté 54% des suffrages. Le Parti Démocrate (centre-gauche), celui de Matteo Renzi, n’a toutefois pas perdu tous ses fiefs (Milan) et reste la première force politique du pays, mais reconnait de ses propres mots une « défaite douloureuse ». Afin de prendre en considération ces résultats inquiétants, il est même prévu une réunion du parti vendredi prochain.

Le M5S a de quoi inquiéter le gouvernement de Matteo Renzi, puisqu’il a démontré lors de ces municipales sa capacité à fédérer les mécontents d’une politique considérée par de nombreux italiens comme trop éloignée de leur réalité quotidienne. Le réformisme et le modernisme promis par Renzi n’ont pas convaincu. Et c’est cet échec, avec des réformes qui apparaissent comme ne fonctionnant pas, qui semble avoir été sanctionné lors de ces municipales à Rome et à Turin.

Bien que déjà devenu deuxième parti du pays depuis les législatives de 2013 – avec 25% des voix, le M5S va devoir tout de même prouver sa capacité à gouverner. Dans les petites villes déjà gagnées par le mouvement (Parme, Livourne), le bilan politique reste mitigé.

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