Politique hebdo • Entretien entre El-Khomri et Martinez : une rencontre de pure forme ?

(©JACQUES DEMARTHON/AFP)
[:fr]

L’L’entrevue fut courte ce Vendredi 17 Juin. Pendant près d’une heure et demi, la ministre du Travail et le secrétaire général de la CGT ont pu évoquer leurs désaccords sur la loi travail. A la sortie, aucun compromis n’a été trouvé mais le dialogue social a repris. Pas de quoi se réjouir pour autant dans la mesure où la discussion n’a amené qu’à une seule chose pour Myriam El-Khomri et Philippe Martinez : constater leurs désaccords.

Un rendez-vous pour rien

Chacun deux camps a en effet campé sur ses positions. Un dialogue de sourd qui n’a permis en rien à la CGT d’obtenir quelque modification du projet de loi que ce soit, ni bien évidemment un retrait total réclamé depuis le début. A sa sortie rue Grenelle où se trouve le ministère du Travail, Philippe Martinez, qui a poliment qualifié l’entretien “d’échange constructif”, a simplement précisé que « des désaccords se sont confirmés ». Alors que la contestation sociale contre la loi travail bat toujours son plein en France, le gouvernement a quand même pris soin de recevoir le principal leader syndicaliste opposé à l’adoption du projet de loi. Au final, la rencontre ressemble beaucoup à un rendez-vous… pour rien.

Pour rien ? Pas tout à fait. D’abord, tout laisse à penser que le gouvernement a voulu soigner la forme. Après l’usage par Manuel Valls, en Mai dernier, du 49.3 pour faire passer le projet de loi en force à l’Assemblée Nationale, Myriam El-Khomri invite désormais Philippe Martinez afin de discuter du texte. Par avance, les deux protagonistes savent pourtant qu’aucun compromis ne sera possible. Dans un camp le retrait total du texte est souhaité, dans l’autre, le premier ministre Manuel Valls a déjà affirmé que le texte ira jusqu’au bout. Pourquoi, donc, dialoguer ?

Une version sénatoriale encore pire

Pendant ce temps là, sans faire trop de bruit,  le projet de loi est discuté et voté au Sénat. L’article 2,  l’un des plus controversés, qui instaure la primauté des accords d’entreprises sur les accords de branches, a été renforcé puis adopté par la majorité de droite du Sénat dans la nuit de Jeudi à Vendredi contre l’avis du gouvernement.

La CGT aurait-elle alors intérêt à discuter avec le diable, le gouvernement, pour limiter les “dégâts” du passage de la loi travail au Palais du Luxembourg ? Si l’article 2 du projet de loi travail tel qu’il a été adopté au Sénat donne un avant goût des réformes du travail éventuelles après 2017, Myriam El-Kohmri a bien indiqué le texte serait ré-écrit à la prochaine lecture à l’Assemblée Nationale. Cette dernière a même prêté des intentions ultra-libérales à la majorité sénatoriale :

« Avouez que vous voulez revenir aux 39 heures, voire aux 40 heures sans négociation ni compensation […] avouez que la ficelle est un peu grosse »

Dans leur discussion vaine, Philippe Martinez et la ministre du Travail ont peut-être pu s’accorder sur un point : si un grand nombre de français ont beaucoup de mal à accepter la version du texte adoptée par l’Assemblée Nationale en première lecture, la version adoptée par le Sénat risquerait de mettre le pays dans une situation sociale encore plus explosive si elle était adoptée en ces termes dans sa version finale.

Sur la loi travail le gouvernement aura toutefois le dernier mot : avec le Sénat d’abord, puisque si aucun accord n’est trouvé lors de son passage en comité mixte paritaire, le gouvernement pourra définitivement faire adopter le texte par l’Assemblée Nationale, soit à l’aide de la majorité socialiste, soit à l’aide du 49.3 ; le dernier mot, le gouvernement l’aura aussi avec Philippe Martinez et la CGT, puisque le projet de loi sera de toute façon adopté. Beaucoup de bruit, donc,  pour pas grand chose.

Photoreportage • 'Mai 2016', le plus grand mouvement social de la décennie [:]

Lucas Le Roux

Étudiant à Sciences Po Rennes. Président de Sciences Po Rennes TV. Modeste chroniqueur à l'Epoque et à Radio Laser.

Poster un commentaire

Cliquez ici pour poster un commentaire

Laisser un commentaire

Abonnez-vous à notre mag

Entrez votre adresse e-mail ici pour recevoir une notification de nos nouvelles publications.

Publicité

Les publicités ne servent qu'à financer l'hébergement de notre site internet, WIDE étant réalisé par des étudiants bénévoles.

Suivez-nous

Rejoignez WIDE sur Facebook et sur Twitter.