Interview • Bernard de la Villardière : « être journaliste, c’est mettre en valeur les autres »

(Photo ©L'Époque Magazine)
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Il a animé Zone interdite pendant sept ans sur M6, et est aujourd’hui aux manettes du magazine d’investigation Enquête exclusive sur la même chaine : on le voit aux émissions qu’il présente, Bernard de la Villardière est un homme de terrain, qui aime l’approfondissement. C’est pour cela qu’il a titré son dernier livre ainsi, « L’homme qui marche ». Il était présent à l’édition 2016 du festival Étonnants Voyageurs, et à cette occasion nous l’avons rencontré. Il a répondu à nos questions.

De quoi parle ce livre ?

Ce sont des coulisses de reportages. Ce que je ne raconte pas habituellement via l’image, je le raconte cette fois par l’écrit. Dans ce livre, je raconte davantage mes impressions, émotions, et inquiétudes. Je fais également part de mes interrogations.

C’est important pour vous d’humaniser ainsi le journalisme ?

C’est en effet une autre facette de notre métier. Quand on est journaliste, on est médiateur, intervieweur, on est là pour mettre en valeur les autres. Dans ce livre, j’essaye de me raconter un peu plus que je ne le fais à la télévision. J’y explique pourquoi je fais ce métier, d’où je viens, comment je vois évoluer ce métier de journaliste, quelles sont les rencontres fortes que je fais. C’est aussi une explication des raisons pour lesquelles je continue à courir le monde : en fait, c’est moins par goût de l’exotisme que par goût des autres !

Qu’est-ce qui vous pousse, justement, pratiquer ce métier ?

C’est l’envie de partager d’autres aventures, de connaître mieux les autres, de connaître d’autres pays, cultures et civilisations, trouver d’autres manières de voir. Cela, tout en sachant qu’il y a un fond commun, encore une fois : c’est le goût des autres. Le sens de l’accueil, on le trouve en fait un peu partout sur la planète. Cela dit, cet idéal de fraternité humaine, je le croyais universel, mais il ne l’est pas tout à fait, notamment en ces temps de crise… je rêve qu’il le devienne ou redevienne.

Que pensez-vous de l’état actuel du journalisme, de la façon dont on décrypte l’actualité dans les médias aujourd’hui ?

Il y a de multiples formes de journalisme, davantage qu’il y a 30 ou 40 ans car il y de nouveaux supports. Il y a les news, et puis il y a le magazine. Moi je pratique plus l’enquête en profondeur, car la télé vous donne du temps pour ça. C’est justement le cas d’Enquête exclusive, où nos reportages prennent entre six mois et un an. Quant aux journalistes… c’est une activité qui a fatalement évolué. Il y avait 16.000 journalistes il y a 30 ans, aujourd’hui il y en a 36.000 ! Il y en a beaucoup qui sont des journalistes assis, car les rédactions n’ont pas les moyens de les envoyer au bout du monde, donc ils font du retraitement de l’information et du buzz sur internet. Ce qui surgit en Une, malheureusement, ce sont surtout les nouvelles people beaucoup plus que les nouvelles fondamentales qui expliquent davantage pourquoi notre monde est bousculé à ce point.

On comprend au titre de votre titre, « L’homme qui marche », que vous aimez le terrain. C’est ce dont a besoin le plus le journalisme ?

Absolument ! L’essence du journalisme c’est d’aller voir, raconter, vérifier l’information, et la mettre en valeur à travers le sens du récit, et l’itinéraire des autres. Le métier de journaliste, ce n’est pas un métier égoïste, c’est un métier où on est obligé de s’intéresser aux autres sans arrêt.

Quels sont vos projets ? De nouveaux livres ?

Des nouveaux livres, peut-être, mais en ce moment j’ai une maison de production, donc je compte surtout faire des films, continuer à être journaliste. Mon premier métier n’est pas d’écrire, mais j’ai tenu à faire ce livre pour me raconter un peu plus et, justement, raconter comment j’ai vu évoluer ce métier là.

Quel conseil vous voudriez donner aux étudiants en journalisme ?

Y croire, avoir la foi. Il faut persévérer même si c’est difficile… il y a plus de médias mais les places sont plus chères, c’est un peu les cadences infernales.

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Marcus Dupont-Besnard

Reporter plurimédia, rédacteur en chef de WIDE.

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