Brexit : comprendre les origines et les enjeux du référendum britannique

(©REUTERS/Francois Lenoir)
[:fr]

Le 23 Juin prochain, le Royaume-Uni va devoir écrire une page de son Histoire. Le peuple britannique est amené à se prononcer sur une éventuelle sortie du pays de l’Union Européenne par référendum. L’éventualité d’un « Brexit » fait d’ores et déjà peur aux autres pays européens mais aussi aux grandes organisations économiques mondiales, qui ont manifesté leur inquiétude. Les enjeux économiques et politiques sont majeurs et méritent d’être analysés. La Grande-Bretagne, dont la politique a souvent contribué à freiner la construction européenne, peut-elle pour autant se passer de l’Union Européenne ?

MISE A JOUR 24/06/2016 : les britanniques ont voté oui au Brexit.
>> Voir nos dossiers sur les conséquences du Brexit

Un destin particulier dans l’Europe

La relation délicate entre la Grande-Bretagne et l’Europe ne date pas d’hier. Pour mieux comprendre ce rapport souvent conflictuel, un détour par l’Histoire est nécessaire.

Pendant les années 1950, les britanniques regarde l’Europe naître avec méfiance et hostilité mais la bipolarisation du monde,  en pleine période de Guerre Froide, change la donne. Le gouvernement conservateur d’Edward Heath, conscient de la marginalisation de son pays, estime alors nécessaire de rejoindre les rangs de la CEE (Communauté économique européenne), l’ancêtre de l’Union Européenne. Seulement, la méfiance vis à vis de l’Europe est réciproque, particulièrement avec la France des années 1960. Les candidatures de la Grande-Bretagne se heurtent par deux fois, en 1961 et en 1967, au veto du général De Gaulle, qui refuse de voir le “cheval de Troie” des États-Unis intégrer une Europe voulue indépendante des deux superpuissances.

L’intégration a finalement lieu en 1973 mais  le pays n’en gardera pas moins une place à part au sein de l’Europe jusqu’à aujourd’hui du fait de son profond attachement à sa souveraineté politique et économique. Cette  mise en avant des gouvernements britanniques de la souveraineté politique et économique de leur pays est une clé de compréhension du parcours particulier du Royaume-Uni dans l’Europe. En dépit de leur intégration dans l’Union Européenne, pas question en effet pour la Grande-Bretagne de signer par exemple la Convention de Schengen ou encore d’adhérer à l’euro dans les années 1990. Le navire britannique ne fait alors que garder son cap.

Rien d’étonnant donc, quand en Février 2016, David Cameron décide de négocier un statut encore un peu plus spécial de la Grande Bretagne au sein de l’Union Européenne lors d’un sommet à Bruxelles avec tout les autres chefs d’État. L’accord comprend un ensemble de mesures permettant au Royaume-Uni de se mettre en marge de l’intégration politique européenne et de bénéficier d’un pouvoir de négociation spécial sur les décisions économiques. L’accord concerne aussi la question des réfugiés, largement soulevée par les autorités britannique depuis plusieurs mois.

Le Royaume-Uni sera « plus fort, plus en sécurité et plus prospère au sein d’une Union européenne réformée » selon David Cameron.

Concrètement David Cameron a obtenu une baisse des dépenses sociales (crédits d’impôt, aides au logement…) pour les immigrés venant d’arriver sur le territoire. Enfin, un référendum sur la sortie ou non de son pays de l’Union Européenne a été annoncé. La stratégie premier ministre britannique est simple : taper un grand coup de poing sur la table à Bruxelles pour mieux lutter contre un éventuel “Brexit”.

L’équilibre est précaire : David Cameron veut satisfaire les eurosceptiques de son camp avec le référendum ainsi que la négociation du statut particulier, sans quitter l’Union Européenne qu’il estime largement profitable à son pays : le Royaume-Uni sera « plus fort, plus en sécurité et plus prospère au sein d’une Union européenne réformée ». De quoi lancer le débat sur le Brexit, qui a pris une ampleur supplémentaire avec le début de la campagne officielle le 15 Avril dernier.

Une issu incertaine

Depuis le début de la campagne officielle les britanniques sont relativement divisés sur le sort de leur pays dans l’Union Européenne. D’un côté on retrouve les partisans du Brexit (“Vote leave”) et de l’autre, ceux qui militent pour rester dans l’Union Européenne (“The in Campaign”).

C’est la première fois qu’ils ont à se prononcer sur l’Europe depuis 1975. Alors bien sûr comme d’habitude les sondages abondent, varient quelque peu les uns par rapport aux autres, et font beaucoup parlé d’eux. Les estimations annoncent un résultat relativement serré, malgré une dynamique de plus en plus favorable au camp hostile au Brexit. Néanmoins rappelons que les sondages permettent seulement de donner une indication et en aucun cas de dévoiler l’issu du scrutin : Quel sondage avait annoncé la présence, lors des élections présidentielles un soir d’Avril 2002, de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle ? Le référendum sur le Brexit est donc loin d’être encore joué.

D’un côté les partisans, avec pour chef de file David Cameron, d’un maintien avec un statut spécial dans l’Union Européenne. Le premier ministre peut compter sur le soutient d’un grand nombre de responsables politiques décisifs pour rassembler les britanniques contre le Brexit, y compris parmi ses opposants politiques, à commencer par le premier d’entre eux : Jeremy Corbyn. Même s’il continue de pointer du doigt les imperfections de l’Union Européenne, il déclare dès le mois d’Avril dernier que «le Labour est majoritairement en faveur d’un maintien parce que nous estimons que le projet européen a apporté emplois, investissement et protection aux travailleurs, aux consommateurs et à l’environnement».

Le camp favorable au Brexit est emmené par l’ancien maire conservateur de Londres, Boris Johnson.

Les parlementaires travaillistes allant à l’encontre de la ligne de leur parti sont peu nombreux. En 1975 ce même Jeremy Corbin avait pourtant voter contre le maintient du Royaume-Unie dans l’ancienne CEE (qu’elle avait intégrée 2 ans plus tôt), jugée beaucoup trop libérale par une partie des membres du parti travailliste de l’époque. Les temps changent. En 2016, le parti le plus divisé sur la question est bien celui de David Cameron lui-même, le parti conservateur. Le camp favorable au Brexit est emmené par l’ancien maire conservateur de Londres, Boris Johnson. S’il a précisé de pas vouloir participer à des débats télévisés contre son parti, son implication dans la campagne est totale, allant même jusqu’à faire plusieurs fois polémique. Dans le Sunday Telegraph par exemple, le 15 Mai dernier, voici le genre de comparaison hasardeuse à laquelle Boris Johnson aime se prêter : « Napoléon, Hitler, plusieurs personnes ont essayé de le faire, et cela s’est terminé de manière tragique. L’Union européenne est une autre tentative avec des méthodes différentes ».  Le genre de phrase « choc » qui sert davantage à faire parler d’elle plus qu’à convaincre un électorat dans une campagne très suivie au delà des frontières britanniques.

Le camp du Brexit peut compter également sur le soutient de 128 députés conservateurs qui ont donc choisi de rompre avec leur chef de parti pour ce référendum. Le parti conservateur est donc bien plus clivé que le parti travailliste. Il va sans dire que le camp du Brexit peut aussi compter sur le parti eurosceptique et anti-immigration UKIP, emmené par Nigel Farrage. L’opportunité d’un référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union Européenne ne se représentera pas de si tôt. Si l’initiative de David Cameron suscite l’espoir pour tout une partie des britanniques, elle inquiète aussi beaucoup, y compris au delà des frontières de l’île.

Une menace qui fait trembler le monde

La menace d’un Brexit fait trembler bon nombre d’organisations internationales. La campagne pour le référendum sur la sortie ou non de la Grande-Bretagne de l’Europe a très vite dépassé les frontières de l’île. Dès Avril dernier, lors d’une visite officielle à Londres, Barack Obama s’était exprimé se montrant hostile au Brexit : «L’Union européenne ne diminue pas l’influence britannique, elle l’amplifie».

Une prise de position rapide sur la question qui n’est pas sans faire penser à la métaphore du Cheval de Troie, employée par le général De Gaulle, pour qualifier les relations stratégiques entre les États-Unis et son plus fidèle allié au sein de l’Union Européenne. Surtout les partisans du Brexit ont crié à l’ingérence et dénoncé l’attitude du président américain. De son côté, l’Union Européenne, consciente qu’elle n’est pas au maximum de sa popularité reste relativement discrète dans la campagne. Le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est cependant exprimé à plusieurs reprises publiquement pour dire l’importance du Royaume-Uni pour l’Union Européenne.

Les grandes puissances du monde, réunis lors du G7 fin Mai dernier, ont été unanimes : « Une sortie du Royaume-Uni de l’UE renverserait la tendance à une expansion du commerce mondial et de l’investissement, ainsi que des emplois qu’ils créent, et elle serait un nouveau risque grave pour la croissance ». Des propos particulièrement soutenus par Angela Merkel, même si elle a tenu à préciser qu’il fallait respecter le choix que feront les britanniques le 23 Juin prochain. L’argument d’un désastre économique est largement avancé par les opposants au Brexit. Même les grandes entreprises privées font pression. C’est le cas par exemple de la compagnie irlandaise “Ryan Air” qui n’a pas hésité à vanter publiquement les bienfaits de l’Union Européenne pour l’économie Britannique : “Une des plus grandes réussites de l’Europe a été la déréglementation du transport aérien à la fin des années 1980 qui a permis à Ryanair de briser le cartel des compagnies aériennes traditionnelles aux tarifs élevés, et nous a permis de transformer le voyage aérien, le tourisme, la croissance économique et l’emploi dans toute l’Europe ».

L’argument des bienfaits la dérégulation et de la déréglementation avancé principalement par les multinationales est cependant loin de convaincre le monde de l’entreprise dans son ensemble. En effet un bon nombre de patrons de petites et moyennes entreprises se plaignent des entraves des normes et régulations imposées par Bruxelles sur leur liberté d’entreprendre.  Les arguments fusent dans les deux sens, au final, en dépit des nombreuses études réalisées, difficile dde savoir précisément quel impact aurait réellement un Brexit sur l’économie, la vie politique du pays.

Le 23 Juin prochain, les britanniques choisiront. Deux possibilités : quitter l’Union Européenne ou y rester. Une certitude : même si elle  a déjà un sacré plomb dans l’aile, un Brexit serait un coup d’arrêt terrible pour la construction européenne.

[:]

Abonnez-vous à notre mag

Entrez votre adresse e-mail ici pour recevoir une notification de nos nouvelles publications.

Publicité

Les publicités ne servent qu'à financer l'hébergement de notre site internet, WIDE étant réalisé par des étudiants bénévoles.

Suivez-nous

Rejoignez WIDE sur Facebook et sur Twitter.