Enquête • Démocratie 2.0 : les nouvelles technologies au service de la démocratie participative (2/2)

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La démocratie participative est un renforcement de la participation des citoyens à la prise de décision politique. Penser une démocratie qui impliquerait réellement le citoyen, c’est peut-être permettre à chaque citoyen d’émettre des idées, de commenter celles des autres, d’observer les avis des experts et des élus, puis seulement ensuite de voter. Internet offre, à ce propos, peut-être enfin cette occasion d’associer pleinement le citoyen au processus politique, où le représentant se fait véritablement porte-parole d’une délibération citoyenne.

Dans cette enquête en deux épisodes, nous avons cherché à comprendre ce qu’Internet offre comme nouvelles possibilités à la politique, qui pourraient permettre de renforcer la démocratie. Dans ce deuxième épisode, nous nous sommes demandés en quoi Internet constitue, en plus d’être un complément pour les professionnels, un dispositif alternatif adéquat de nouvelles formes d’action politique citoyenne.

Précédent épisode de l’enquête :
Qu’est-ce qu’Internet change au principe démocratique et politique ?

Une action de dénonciation

L’action sur le web se veut déjà être un outil de dénonciation, non comme forme alternative de politique ici, mais comme un prolongement de la démocratie existante, comme instrument de contestation. Le web peut en effet apparaître comme le moyen de communication de ceux qui sont mal représentés dans les médias classiques. On en a une illustration avec le référendum de 2005 : les deux tiers des sites web qui ont traité du référendum soutenaient le non, selon une étude de Guilhem Fouetillou, alors que le oui était largement plébiscité par les professionnels de la politique dans les médias traditionnels.

Ces dernières années, les sites de pétition en ligne se sont multipliés de façon exponentielle, les plus connus étant Avaaz ou Change. Le recours à la pétition est un élément politique très ancien ; on peut placer et dater sa première véritable apparition en Angleterre, avec la Grande charte de 1215. Dès cette époque, de nombreux sujets adressent des pétitions au roi dans l’espoir de bénéficier de sa « grâce ». La même pratique se développe en France sous les monarques absolus, à partir du XVIe siècle.

Avec Internet, la pétition a pris une autre dimension en terme quantitatif. Par exemple, la pétition pour sauver les abeilles des pesticides est actuellement à plus de 3 millions de signatures, et a poussé l’an dernier les États-Unis a ouvrir une consultation sur les pesticides. C’est l’aspect massif de la participation politique qui joue ici. Toutefois, il faut relativiser cette force contraignante : l’action par pétition peut relever d’une “participation post-it”, et qui plus est elle est souvent efficace que lorsqu’elle se voit être pourvue de compléments tels que des manifestations.

Une action d’expression

Au-delà de l’action de dénonciation, il y a une simple fonction d’expression multiple des points de vue. De nouveaux sites, spécialisés dans ce répertoire d’action, ont vu le jour, tels qu’AgoraVox.

Mais les médias traditionnels se sont également adaptés. On a vu l’émergence, il y a quelques années, du Post. C’était une plateforme proposée par Le Monde, où n’importe qui pouvait voir son point de vue sur l’actualité être publié, sous réserve d’une certaine sélection, ce qui poussait au débat. RMC avait fait de même en créant RMC Talk ; chaque débat d’actualité traité à l’antenne se voyait être créé sous forme de rubrique, où les internautes pouvait poster des articles où ils exprimaient leur point de vue sur la question. Ces deux sites ont été stoppés par leur maison mère, mais une forme plus aboutie a vu le jour avec “le Plus” proposé par L’Obs, qui mélange des avis d’experts, des critiques de chroniqueurs réguliers, et des opinions d’internautes qui ne sont que des citoyens lambdas.

Une action de délibération

On a vu des outils en ligne apparaître pour effectuer une association plus poussée entre élu et citoyen.

Avant la délibération, il faut l’information. C’est précisément l’objectif de RegardsCitoyens.org, qui se veut proposer un « un accès simplifié au fonctionnement de nos institutions démocratiques à partir des informations publiques ». Il y a également LaFabriqueDeLaLoi, qui permet d’explorer près de 300 textes de loi au travers de leurs modifications, amendements et débats au fil de la procédure parlementaire. Dans le même registre, deux sites se veulent synthétiser les différentes activités législatives, et de contrôle du gouvernement, pour donner aux citoyens de nouveaux outils pour comprendre et analyser le travail de leurs représentants, c’est NosDeputes.fr et NosSenateurs.fr.

Après cet accès à l’information, il y a l’accès au processus de délibération.

Par exemple, le site Parlement-et-Citoyens.fr propose une co-élaboration des propositions de lois portées par les parlementaires. Pour concevoir l’ampleur que peuvent avoir ce genre d’outils, le sénateur EELV Joël Labbé a eu sa proposition de loi commentée par 459 contributeurs, soit 3 177 contributions sur le sujet.

On peut également voir Internet comme un renforcement de la démocratie participative locale/nationale. Depuis mars 2012, la Constitution finlandaise propose aux citoyens majeurs la possibilité d’inscrire des propositions de loi sur l’agenda parlementaire, à condition de réunir le soutien de 50 000 autres finlandais. Pour rendre ce dispositif davantage efficient, l’ONG Open Ministry a ouvert en octobre 2012 une plateforme facilitant cette possibilité.

Pour conclure notre enquête, nous pouvons faire une référence au sociologue Patrice Flichy, pour qui ces nouvelles formes virtualisées de débat public reposent sur un nouveau modèle de société, peut-être plus démocratique puisque cela revient à estimer enfin que chaque individu possède des compétences effectives qui lui permettent de prendre place dans la discussion, les plaçant sur un réel pied d’égalité. Il n’est pas seulement question d’un nouveau dispositif technologique (même si cela permet certes de renforcer la démocratie participative préexistente), cela correspond aussi à générer une situation nouvelle où le citoyen a de plus en plus une possibilité de contestation. Internet semble établir une situation qui n’est donc pas sans rappeler l’agora de la Grèce antique, berceau de la démocratie où tous les points de vue pouvaient s’exprimer pour aboutir ensuite à une décision.

Précédent épisode de l’enquête :
Qu’est-ce qu’Internet change au principe démocratique et politique ? [:en]Participatory democracy is strengthening citizens’ participation in political decision making. Think a democracy that actually involve the citizen is perhaps enable every citizen to send ideas, comments, observing the views of experts and elected officials, and only then to vote. Internet offers, in this regard, perhaps finally the opportunity to fully involve the citizens in the political process, where the representative is truly spokesman for a citizens’ deliberation.

In this investigation into two episodes, we sought to understand what the Internet offers new possibilities as to the politics and policies, which could help strengthen democracy. In this second episode, we are wondering what if the Internet is, beside than a complement to professionals, an alternative in the forms of political action for citizen.

Previous episode of the investigation :
What is Internet changing to the democratic and political principle ?

An action of « denunciation »

First, the action on the web is a denunciation tool, not as a political alternative, but as an extension of the existing democracy, as protest instrument. The web may indeed appear as the communication tool of those who are misrepresented in mainstream media. It has an illustration with the 2005 UE referendum : according to a study by Guilhem Fouetillou, two thirds of the websites that have treated the referendum supported the no, while the yes was widely acclaimed by the political professionals in traditional media.

In recent years, online petition sites have multiplied exponentially, most notably Avaaz or Change. The use of the petition is a very old political element. We can place and date its first real appearance in England, with the Magna Carta of 1215. Many topics were addressed by petitions to the king, hoping to benefit from its « grace. » The same practice is developing in France under the absolute monarchs, from the sixteenth century.

With the Internet, the petition took another dimension in quantitative terms. For example, the petition to save bees from pesticides is currently more than 3 million signatures, and pushed last year the United States to open up a consultation on pesticides. It is the massiveness of this political participation that plays here. However, we must put this limit : action by petition may be part of all the « post-it » participations, and moreover it is often effective when it is seen to be provided with supplements such as events.

An action for the expression

Beyond that denunciation aspect, there is a simple function of allow expression of multiple views. New sites that are specialized in this registry of action have emerged, such as AgoraVox.

But traditional media are also in that development. We have seen the emergence in the last few years, in France, of the « Post ». It was a platform proposed by Le Monde, where anyone could propose his point of view on the news, subject to a selection. RMC had done the same by creating RMC Talk; each topical debate treated on the radio was created as a section, where users could post articles which they expressed their views on the issue. These two sites were stopped, but a more complete form was created with the « Plus » by L’Obs, which blends expert advice with regular columnists and citizen publications.

An action of deliberation

We can see online tools appearing to perform association between electors and citizen.

Before deliberation, we need information. This is precisely the objective of RegardsCitoyens.org, which wants to offer a « simplified access to the functioning of our democratic institutions from public information. » There is also LaFabriqueDeLaLoi, which allows to explore nearly 300 pieces of legislation. In the same vein, two sites are intended to synthesize the various legislative activities, to give citizens new tools to understand and analyze the work of their representatives : it is NosDeputes.fr and NosSenateurs.fr.

After this access to information, there is access to the deliberative process.

For example, Parlement-et-Citoyens.fr offers a co-development of the laws. To understand the scale that can have such tools : Senator EELV Joël Labbé has seen his bill commented by 459 contributors, in 3177 contributions on the subject.

We can also see the Internet as a strengthening of national / local participatory democracy. Since March 2012, the Finnish Constitution proposes to adult citizens the possibility to put bills on the parliamentary agenda, provided they meet the support 50 000 Finnish. To make this procedure more efficient, the NGO Open Ministry opened in October 2012 a platform to facilitate this possibility.

To conclude our investigation, we can make a reference to sociologist Patrice Flichy who says that the virtual news forms of public debate are based on a new model of society, perhaps more democratic because it amounts to finally estimate that each citizen has effective skills that allow him to take place in the discussion, placing them on a real level of individual importance. It is not just about a new technological device (although it certainly reinforces the preexisting participatory democracy), it also corresponds to a new situation where the citizen has increasingly an opportunity to protest. Internet seems to make a situation that is not unlike the agora of Ancient Greece, cradle of democracy where all points of view could be expressed and then reach a decision.

Previous episode of the investigation :
What is Internet changing to the democratic and political principle ? [:]

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