Enquête • Démocratie 2.0 : les nouvelles technologies au service de la démocratie participative (1/2)

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La démocratie participative est un renforcement de la participation des citoyens à la prise de décision politique. Penser une démocratie qui impliquerait réellement le citoyen, c’est peut-être permettre à chaque citoyen d’émettre des idées, de commenter celles des autres, d’observer les avis des experts et des élus, puis seulement ensuite de voter. Internet offre, à ce propos, peut-être enfin cette occasion d’associer pleinement le citoyen au processus politique, où le représentant se fait véritablement porte-parole d’une délibération citoyenne.

Dans cette enquête en deux épisodes, nous avons cherché à comprendre ce qu’Internet offre comme nouvelles possibilités à la politique, qui pourraient permettre de renforcer la démocratie. Ce premier épisode se base sur une question : qu’est-ce qu’Internet change au principe démocratique et politique ? Nous avons tenté de répondre à cela par un biais surtout sociologique.

L’anonymat, facteur d’égalité

La démocratie participe suppose que les citoyens échangent, sur une base d’égalité, des arguments rationnels qui débouchent sur l’élaboration d’une position commune. Cette base d’égalité est respectée sur internet, du fait d’un caractère qui lui est inhérent : la virtualité des échanges. L’anonymat des internautes facilite en effet l’expression de personnes qui n’osent habituellement pas s’exprimer dans un lieu public « réel ». L’origine sociale des individus est préservée sur Internet. Toute parole équivaut à celle des autres, il n’y a pas de différences de statut.

Dans un débat en ligne, une plus grande diversité d’opinions qu’à l’accoutumé peut apparaître. La parole politique est moins souvent confisquée par des acteurs traditionnels et professionnels de l’expression publique, tout le monde peut y prendre part. Le « débat en salle » réunissait des représentants d’associations ou de groupes constitués, tandis que le débat en ligne autorise en revanche la participation de citoyens ordinaires. Cette thèse est en tout cas affirmée par la spécialiste des nouveaux médias Laurence Monnoyer-Smith, dans son article «Citizen Deliberation on the Internet : an exploratory Study».

Sur internet, tout peut être politique

Un autre point que l’on peut mettre en exergue, c’est qu’Internet a brouillé les pistes de définition du politique. Auparavant, il était facile d’identifier espace public et espace privé. Sur le web, un blog peut souvent être destiné, à la base, au partage d’opinions personnelles destiné à un public de lecteurs restreints et connus. Mais alors, et c’est le sociologue Patrice Flichy qui met ce point en avant, ce fameux petit blog qui a été lancé de façon restreinte, et qui partage des opinions toutes personnelles, peut être tout d’un coup lu par de nouveaux lecteurs inconnus et parfois en grand nombre. Dans ce cas, l’objet politique, qui est censé relever de la sphère publique, est flouté, car tout est susceptible de passer de la sphère privée à la sphère publique. Sur Internet, finalement, tout peut devenir politique.

Ainsi, en observant la campagne des primaires américaines de 2004, la chercheuse Viviane Serfaty note que les blogs des partisans d’Howard Dean mêlaient des considérations personnelles et des prises de position partisane. Le registre public et le registre privé s’interpénètrent.

Sur ce point, on peut émettre une réserve : n’y a t-il donc pas, tout compte fait, un risque de simple superposition de points de vue personnels, qui ne se rencontrent ni se répondent jamais réellement, et n’aboutissent à aucun consensus pertinent ? Quand ce questionnement se révèle véridique, on est alors loin d’une démocratie délibérative et même participative, du fait d’une absence de qualité de la discussion. Qui plus est, l’anonymat dont nous parlions précédemment peut générer une approche où « tout est permis », et cela, si on y ajoute le mélange privé/public, peut conduire à des conflits virtuels tout à fait vains, à l’image du phénomène des « trolls ».

Un complément pour les professionnels

D’un point de vue moins théorique, les années 2000 nous montre qu’Internet a très rapidement été utilisé par les professionnels de la politique, s’affirmant comme de nouveaux moyens pour faire campagne.

L’équipe de Barack Obama en 2007 avait construit un véritable réseau social permettant une coopération entre les permanents de son cabinet politique, et les militants occasionnels. Nous avons aussi un exemple en France, en 2007, quand Ségolène Royal a tenté en 2007 de mettre en place une démocratie participative avec son site internet Désirs d’avenir.

Il y a des données intéressantes sur cette campagne de Ségolène Royal : la production militante a été forte (45 000 participations écrites), mais le lectorat assez faible (10 % de l’audience en ligne d’un quotidien national). Ces données permettent de poser un bémol quant aux retombées concrètes, mais cela montre la possibilité d’une ampleur massive de participation citoyenne.

L’épisode 2 de l’enquête :
Dénonciation, expression, délibération : une exploration des nouveaux modes d'action politique [:en]

Participatory democracy is strengthening citizens’ participation in political decision making. Think a democracy that actually involve the citizen is perhaps enable every citizen to send ideas, comments, observing the views of experts and elected officials, and only then to vote. Internet offers, in this regard, perhaps finally the opportunity to fully involve the citizens in the political process, where the representative is truly spokesman for a citizens’ deliberation.

In this investigation into two episodes, we sought to understand what the Internet offers new possibilities as to the politics and policies, which could help strengthen democracy. This first episode is based on a question: what is Internet changing to the democratic and political principle? We have tried to answer this by a particular sociological way.

Anonymity, an instrument of equality

Participative democracy requires citizens to exchange, on an equal basis, rational arguments that lead to the development of a common position. This basis of equality is respected on the internet due to a character that is inherent in it : virtuality of conversations. The anonymity of the Internet makes indeed the expression of people who usually do not dare to speak in a public place which is « real. » The social origin of individuals is preserved on the Internet. Every word is equivalent to that of others, there are no status differences.

In an online debate, a greater diversity of opinions than usual may appear. Political speech is less often confiscated by the traditional players and professionals from the public expression, everyone can take part. The classic debate room included representatives of associations or groups formed, while the online debate authorizes however the participation of ordinary citizens. This thesis is certainly affirmed by the new media specialist Laurence Monnoyer-Smith, in her article « Citizen Deliberation on the Internet: an exploratory Study ».

On the Internet, everything can be political

Another point that we can highlight is that the Internet has blurred the definition of the how politics runs. Previously, it was easy to identify public space and private space. On the web, a blog can often be designed for, basically, sharing personal opinions for a restricted audience, for family/friends. But then, and this is the sociologist Patrice Flichy that puts this point forward, this little blog that was launched in a limited way, with personal opinions, can be suddenly read by new readers unknown and sometimes in large audience. In this case, the political object, which is intended to be within the public sphere, is blurred, because everything is likely to move from the private to the public sphere. On the Internet, indeed, anything can become political.

Thus, observing the campaign of US primaries of 2004, the researcher Viviane Serfaty noted that blogs of Howard Dean supporters mingled personal considerations and partisan positions. The public registry and the private registry are interpenetrating.

On this point, we can make a reservation : there is the risk of simple superposition of personal views, which never actually meet, and will result in no relevant consensus. If this affirmation is true, it is so far from a participatory democracy, due to a lack of quality of the discussion. Moreover, the anonymity which we previously were talking can generate an approach where we can say really everything, anything, and if we add the private / public superposition, that can lead to virtual conflict quite vain, like the phenomenon of « trolls ».

A complement for professionals

On a more practical point of view, the 2000s shows that the Internet has very quickly been used by professional politicians, putting itself as new way to campaign.

Barack Obama’s team in 2007 had built a social network for cooperation between the permanent people of his cabinet, and occasional militants. We also have an example in France, in 2007, when Segolene Royal tried in 2007 to set up a participatory democracy with its website « Désirs d’avenir » (« desires for the future »).

There are interesting data on this campaign of Ségolène Royal : militant production was high (45 000 entries written), but rather low readership (10% of the online audience of a national daily). These data put a damper on the concrete impact, but it shows the possibility of a massive extent of citizen participation.

Episode 2 of the investigation :
Internet as an alternative in the forms of political action for citizen[:]

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