« Nasawiyat » ou le féminisme dans le monde arabe de Huda Sharawi à Rima Karaki

Hoda Shaarawi.
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Huda Sharawi : ce nom, en Occident, est un peu parlant. Cette personnalité est pourtant à l’origine du premier mouvement féministe égyptien, au début du XIXe siècle. Depuis, contrairement à de nombreux préjugés, une forme de féminisme se développe dans le monde arabe. A l’image de ce que propose la journaliste Charlotte Bienaimée dans son livre-enquête « Féministes du monde arabe », nous avons cherché à retracer l’histoire et les principales meneuses de ce féminisme.

Aux origines : Huda Sharawi

Première femme à avoir jeté à bas son voile, Huda Sharawi est née en 1879 en Haute-Egypte, dans une importante famille locale, et grandit dans un harem. A l’âge de 13 ans, elle se retrouve fiancée contre son gré à son cousin et tuteur, Ali Sharawi. L’homme est bien plus âgé qu’elle, a déjà plusieurs épouses, et des filles qui ont l’âge de Huda. Mais elle est obligée d’accepter ce mariage pour ne pas perdre l’héritage de son père, décédé quelques années auparavant.

Grâce au contrat de mariage, qui stipulait une union monogame alors que son mari avait repris une relation clandestine avec son ancienne femme, Huda parvient à divorcer quelques années après. Elle profite de ce laps de temps pour se cultiver, voyager. Elle rencontre des mentors féminines, qui lui permettront notamment d’intégrer des salons, de participer à des conférences en faveur du droit des femmes.

Ce sont d’ailleurs ce type de rencontres qui ont apparemment contribué à forger un début d’esprit féministe chez cette pionnière. Dans ses mémoires, elle écrit à propos d’une poétesse itinérante qui venait séjourner de temps en temps dans sa maison :

« Madame Khadijah m’impressionnait parce qu’elle avait l’habitude de s’asseoir avec les hommes et de discuter avec eux de sujets littéraires et culturels. Dans le même temps, je remarquais à quel point les femmes incultes tremblaient d’embarras et de crainte lorsque, cachées derrière une tenture elles avaient à échanger quelques mots avec un homme. A observer madame Khadijah j’ai acquis la conviction qu’en se cultivant les femmes pourraient devenir les égales des hommes, et peut-être même les surpasser. »

A l’âge de 21 ans, Huda sera cependant obligée de se remarier avec son cousin, du fait d’un chantage affectif mené par son propre frère, qui refuse de se marier tant que elle-même ne sera pas mariée. C’est lors d’un voyage à Paris qu’une nouvelle étincelle de féminisme intervient en elle, puisqu’elle y admire le style vestimentaire des femmes, habillées de robes légères, pourvues de décolletées. Elle se fera elle-même prendre en photo vêtue de cette façon.

C’est peu de temps après son retour en Égypte que Huda Sharawi fonde un dispensaire ouvert à tous sans distinction, qui sera marrainé par un groupe de dames de la haute société égyptienne, le même groupe qui fondera peu après avec elle la Société de la femme nouvelle – organisation visant à l’alphabétisation des jeunes filles. Mais son aventure en tant que pionnière d’un combat actif pour le féminisme arabe commence après le décès de son mari, en 1923.

A cette date, elle fonde l’Union féministe égyptienne (UFE), une organisation laïque pour les droits des femmes, défendant notamment l’accès à l’éducation et à la fonction publique, s’opposant au mariage précoce et à la polygamie. Le signal fort qui a fait de elle tout un symbole se déroule la même année. Après la participation à un congrès international à Rome, Huda Sharawi décide alors d’enlever son voile devant l’assistance, et de ne pas le remettre. Elle poursuivra son combat à visage découvert.

Avec le lancement d’une revue bimensuelle en langue arabe, L’Égyptienne – dont le sous-titre est « Féminisme, sociologie, art » – sa défense des droits des femmes dépasse le cadre de l’Égypte, pour s’étendre au monde arabe et s’adjoindre au mouvement féministe international. Huda basera son combat sur le Coran lui-même, et sur des analyses d’intellectuels arabes, pour démontrer que l’Islam ne s’oppose pas à l’éducation des femmes. La subtilité a un sens très porteur : Huda Sharawi a un combat à connotation fortement islamique car se basant sur le Coran, et s’oppose au discours islamiste qui prétend quant à lui un effacement de la femme avec une interprétation radicalisée du Coran.

Féminisme et nationalisme, deux sujets liés dans le monde arabe

Huda Sharawi est à la fois une féministe et une nationaliste, deux thématiques qui sont à cette époque généralement liées. Le rôle des femmes y est crucial, ce qui leur permet d’avoir un rôle politique important. Le nationalisme arabe est en effet à ce moment en plein développement, car après la Première Guerre Mondiale la question de l’indépendance des pays arabes, et justement de l’Égypte, se pose. Les peuples revendiquent le droit à disposer d’eux-mêmes, mais la réponse de l’Angleterre est négative et complétée d’une répression.

La première réaction à cette répression se traduit dans un parti politique nationaliste : le Wafd. Ali Sharawi, le mari de Huda Sharawi, en sera le vice-président. Huda Sharawi sera quant à élue présidente du Comité central des femmes du Wafd, en 1920.

Une autre réaction à la répression britannique est l’éclatement de la révolution égyptienne de 1919 contre le colonialisme anglais. Si cette révolution est marquante dans la mémoire moyen-orientale, le rôle des femmes y est souvent minoré. Pourtant, les hommes qui en étaient les leaders étant régulièrement menacés d’arrestation et même de déportation, ce sont les femmes qui devaient prendre leur relais pour assurer une certaine pérennité.

La première femme martyr sera Hamidah Khalil, tuée par une balle anglaise le 14 mars 1919. En son honneur, Huda Sharawi organisera la fameuse grande manifestation des femmes pour l’indépendance de l’Égypte. Mais les femmes ne font pas que participer à des manifestations, elles tiennent également des registres comptabilisant les morts et les blessés.

La cause des femmes est donc renforcée par ce biais politique nationaliste, le Wafd sert de support. Cependant, une certaine désillusion interviendra à ce sujet lorsque les militantes découvriront ne pas avoir été impliquées dans un nouvel accord avec l’Angleterre. Huda Sharawi écrira ceci à Zaghloul, qui est alors le chef du Wafd :

« Au moment où la question égyptienne est sur le point d’être résolu, il est tout à fait injuste que le Wafd égyptien qui lutte pour les droits de l’Égypte et pour sa libération, dénie à la moitié de la nation la part prise à cette libération. »

Même si Huda a toujours lié sa cause féministe à la cause nationaliste, elle va prendre ses distances avec le parti car ce dernier réduit progressivement sa défense des droits des femmes. C’est à la suite de cette distanciation qu’elle crée alors la fameuse Union féministe égyptienne dont nous parlions précédemment.

Shahla Sherkat et le féminisme musulman

Plus récemment, un mouvement moderne a fait son apparition : le « féminisme musulman ». Cette expression est née au début des années 1990, par la volonté de féministes iraniennes de construire un nouveau discours sur le rôle de la femme dans la société islamique. Ce discours a été développé dans le magazine « Zanan » (« Femmes »).

« Comme pour beaucoup de femmes dans le monde entier, le féminisme est pour moi un mouvement, un effort pour éliminer les injustices et les discriminations. » Shahla Sherkat

Ce magazine féministe est le plus important titre de presse défenseur de la cause des femmes depuis la Révolution iranienne, mais il a pourtant été censuré en 2008, accusé de donner une image trop « négative » de la femme en Iran. Zanan a été fondé par une éminente porte-parole du féminisme dans le monde arabe : Shahla Sherkat. Son magazine, durant ses années d’existence, a défendu les politiques réformistes en Iran, et s’intéressait aussi bien aux cas de violence domestique qu’à la sexualité. Shahla a été plusieurs fois convoquée au tribunal pour des articles qui s’attaquaient de façon trop vindicative au gouvernement iranien.

Le féminisme musulman est donc une forme de mouvement réformiste, s’inscrivant dans le phénomène de demande d’une libéralisation de l’Islam. L’idée est de créer un dialogue entre féministes religieuses et laïques, pour poser la question d’un renouveau de la place des femmes dans les pratiques religieuses, et exprimer la compatibilité entre la foi et les droits des femmes. Cette nouvelle forme de féminisme dans le monde arabe se distingue par de très riches analyses et études théologiques sur les textes religieux, et par de fortes coalitions avec d’autres groupes sociaux progressistes. C’est un véritable projet de société qui semble être défendu avec ce mouvement.

Le féminisme musulman bénéficie de nombreuses porte-paroles emblématiques, parmi lesquelles notamment Amina Wadud – qui prône l’égalité hommes/femmes et même le mariage homosexuel ; Leila Ahmed – dont le travail universitaire tend à démontrer que l’oppression des femmes dans le monde arabe est dû à une interprétation excessivement patriarcale de l’Islam, et n’est pas basé sur la réalité théologique de l’Islam ; Asma Barlas – pour qui le féminisme musulman est une question de justice sociale, à laquelle tout être humain à droit ; Ziba Mir-Hosseini – qui affirme que ce n’est pas au gouvernement de faire des concessions aux femmes, mais aux femmes d’obliger le gouvernement à faire ces concessions.

La liste est encore longue, et la plupart sont des figures du domaine universitaire, qui basent donc leur discours sur des recherches académiques fouillées.

Rima Karaki, et autres initiatives modernes

En dehors des grands mouvements, le féminisme – comme tous les phénomènes progressistes – se caractérise aussi par de petites initiatives. Ces dernières se sont multipliées ces dernières années, et gagnent en visibilité. Internet y est pour quelque chose.

On se souvient tous de ce fait d’actualité qui est devenu viral en 2015 : une journaliste libanaise, Rima  Karaki, coupant le micro de son invité Hani Sibai, un cheikh islamiste, qui lui avait ordonné de « se taire ». Elle a reçu toute la sympathie du web suite à cette séquence, via une vague de soutien sur les réseaux sociaux.

La journaliste avait coupé court aux paroles de son interlocuteur, afin de recentrer l’interview, puisque ce dernier s’étendait beaucoup trop pour le format court de l’émission. Le cheikh refusera tout simplement de répondre à la demande, désirant parler de ce qu’il souhaite comme il le souhaite, et s’en prenant alors à la journaliste. Cette dernière lui tiendra tête pendant plusieurs minutes avant de finalement stopper l’interview : « Ou il existe un respect mutuel ou la conversation est terminée » dit-il alors.

Avoir tenu ainsi tête à un invité n’est pas anodin ni si facile dans une société patriarcale comme le Liban, où les femmes journalistes sont régulièrement confrontées à la misogynie. Rima Karaki expliquera par la suite s’être voilée spécialement pour l’interview du cheikh, mais que si elle n’avait pas répondu, elle se serait « haïe » : « Quand il m’a dit de la fermer, il n’était plus possible de me taire parce que ce serait insultant pour moi-même.« 

Plus ancien, mais pas sans importance : pour remettre au centre du débat la question du harcèlement sexuel, en 2005 des militantes égyptiennes de l’ECWR (Association égyptienne pour les droits des femmes) ont développé une carte interactive du Caire, où les femmes peuvent signaler les lieux où elles ont été victimes d’un harcèlement de rue.

« Le mouvement est irréversible. Après la révolution, les femmes ne peuvent plus se taire. On ne peut plus monopoliser leur corps. Elles en reprennent possession. » Nadia Leila Assaoui

Les révolutions du printemps arabes ont intensifié la flamme du féminisme arabe plus que jamais. Depuis, les réseaux sociaux sont globalement le théâtre de nombreuses campagnes. En 2012 est lancée la campagne « The uprising of women in the Arab world » (littéralement : le soulèvement des femmes dans le monde arabe). Le concept, c’est que des femmes, mais aussi des hommes, posent à visage découvert en tenant une pancarte qui exprime leur volonté de voir s’affirmer un nouveau statut de la femme dans le monde arabe.

Nous l’avons vu en parlant de Huda Sharawi, le féminisme dans le monde arabe n’a pas attendu les révolutions. Toutefois, un changement est notable : ce ne sont plus spécifiquement les femmes de haute condition sociale qui osent maintenant s’engager. Samira Ibrahim est par exemple la première égyptienne à avoir dénoncé la pratique des tests de virginité, et elle l’a fait car elle a découvert durant le printemps arabe que le militantisme pour une progression des droits était possible.

Le panel des féministes arabes s’élargit donc. Charlotte Bienaimée, dans son livre-enquête paru début 2016, dresse le portrait de ces femmes âgées de 18 à 35 ans. Elle leur donne la parole :

« Oui je me fais harceler. Oui, on me touche les fesses, les parties génitales, bon OK, mais ça se passe tous les jours. Je ne vais pas raconter ça, c’est banal. Et je trouve ça affreux que quelque chose comme ça devienne presque normal. » Sana, citée par la journaliste Charlotte Bienaimée.

Ce qui est frappant dans ces témoignages rapportés dans ce livre, c’est l’espoir et l’optimisme véhiculé par cette nouvelle génération du féminisme du monde arabe, qui semble entrer dans une nouvelle après plus d’un siècle d’histoire.

Article réalisé par Marcus Dupont-Besnard avec la participation de Loïs Deville.
[:en]

Huda Sharawi: this name, in the West, is a bit of a talk. This personality was at the origin of the first Egyptian feminist movement in the early nineteenth century. Since then, unlike many prejudices, a form of feminism is developing in the Arab world. Like the journalist Charlotte Bienaimée in her book-inquiry « Feminists of the Arab World », we sought to retrace the history and main leaders of this feminism.

Origins

Huda Sharawi was born in 1879 in Upper Egypt, in an important local family, and grew up in a harem. At the age of 13, she finds herself betrothed against her will to her cousin and tutor, Ali Sharawi. The man is much older than her, has already several wives, and girls who are Huda’s age. But she is obliged to accept this marriage in order not to lose the inheritance of her father, who died a few years ago.

Thanks to the marriage contract, which stipulated a monogamous union while her husband had resumed a clandestine relationship with his former wife, Huda managed to divorce a few years later. She takes advantage of this time to cultivate, travel. It meets with female mentors, who will be able to integrate exhibitions, participate in conferences in favor of women’s rights.

It is this type of meeting that apparently helped to forge an early feminist spirit in this pioneer. In her memoirs she writes about a traveling poetess who came to stay from time to time in her house:

« Madame Khadijah impressed me because she used to sit with men and discuss literary and cultural subjects with them. At the same time, I noticed how unhappy women trembled in embarrassment and When, hiding behind a hangings, they had to exchange a few words with a man. « Observing Madame Khadijah, I became convinced that in cultivating women could become men’s equals, and perhaps even surpass them. « 

At the age of 21, however, Huda will be obliged to remarry with her cousin, due to an emotional blackmail by her own brother, who refuses to marry until she is married. It is during a trip to Paris that a new spark of feminism intervenes in her, since she admires the dress style of women, dressed in light dresses, provided with décolletées. She will take herself to take a picture dressed in this way.

Shortly after his return to Egypt, Huda Sharawi founded a dispensary open to all without distinction, which was to be marketed by a group of ladies of Egyptian high society, the same group that soon founded the Society of New woman – organization aimed at the literacy of young girls. But her adventure as a pioneer of an active fight for Arab feminism began after the death of her husband in 1923.

At that time, she founded the Egyptian Women’s Union (UFE), a secular organization for women’s rights, notably defending access to education and the civil service, opposing early marriage and polygamy. The strong signal that made it a whole symbol takes place the same year. After participation in an international congress in Rome, Huda Sharawi decides to remove his veil before the audience, and not to hand it over. She will continue her fight face to face.

With the launch of a bi-monthly magazine in Arabic, the Egyptian – whose subtitle is « Feminism, Sociology, Art » – its defense of women’s rights goes beyond Egypt, to spread to the world And to join the international feminist movement. Huda will base his fight on the Koran itself, and on analyzes of Arab intellectuals, to demonstrate that Islam does not oppose the education of women. Subtlety has a very meaningful meaning: Huda Sharawi has a fight with a strong Islamic connotation because it is based on the Qur’an and opposes the Islamist discourse which claims for its part an effacement of the woman with a radicalized interpretation of the Koran.

Feminism and nationalism, two related topics in the Arabic world

Huda Sharawi is both a feminist and a nationalist, two themes that are at this time generally related. The role of women is crucial, which allows them to play an important political role. Indeed, Arab nationalism is in full development, for after the First World War the question of the independence of the Arab countries, and precisely of Egypt, arises. The peoples claim the right to self-determination, but England’s reply is negative and supplemented by repression.

The first reaction to this repression is expressed in a nationalist political party: the Wafd. Ali Sharawi, husband of Huda Sharawi, will be the vice-president. Huda Sharawi will be elected president of the Wafd Central Committee of Women in 1920.

Another reaction to the British repression is the outbreak of the Egyptian Revolution of 1919 against English colonialism. While this revolution is striking in Middle Eastern memory, the role of women is often lessened. However, the men who were the leaders being regularly threatened with arrest and even deportation, it is the women who had to take over to ensure a certain permanence.

The first woman martyr will be Hamidah Khalil, killed by an English bullet on March 14, 1919. In her honor, Huda Sharawi will organize the famous great women’s demonstration for the independence of Egypt. But women do not only participate in demonstrations, they also keep records of the dead and wounded.

The cause of women is thus reinforced by this nationalist political bias, the Wafd serves as a support. However, there will be some disillusionment when activists discover that they have not been involved in a new deal with England. Huda Sharawi will write this to Zaghloul, who is then the head of the Wafd:

« At the moment when the Egyptian question is about to be resolved, it is quite unfair that the Egyptian Wafd, which is fighting for Egypt’s rights and for its liberation, denies half of the nation the To this liberation. « 

Although Huda has always linked her feminist cause to the nationalist cause, she is going to distance herself from the party because the party is gradually reducing its defense of women’s rights. It is as a result of this distancing that it creates then the famous Egyptian Feminist Union of which we spoke earlier.

Shahla Sherkat and Muslim Feminism

More recently, a modern movement has emerged: « Muslim feminism ». This expression was born in the early 1990s by the desire of Iranian feminists to construct a new discourse on the role of women in Islamic society. This speech was developed in the magazine « Zanan » (« Women »).

This feminist magazine is the most important advocacy for the women’s cause since the Iranian Revolution, but it was censored in 2008, accused of giving a too « negative » image of women in Iran. Zanan was founded by a prominent spokesperson for feminism in the Arab world: Shahla Sherkat. Its magazine, in its years of existence, defended reformist policies in Iran, and was interested in both domestic violence and sexuality. Shahla was several times summoned to court for articles that were too vindictive of the Iranian government.

Muslim feminism is therefore a form of reformist movement, part of the phenomenon of demand for a liberalization of Islam. The idea is to create a dialogue between religious and secular feminists, to raise the question of a renewal of the place of women in religious practices and to express the compatibility between faith and women’s rights. This new form of feminism in the Arab world is distinguished by very rich analyzes and theological studies on religious texts and by strong coalitions with other progressive social groups. It is a real project of society which seems to be defended with this movement.

Muslim feminism benefits from many emblematic spokespeople, including Amina Wadud – who advocates gender equality and even homosexual marriage; Leila Ahmed, whose academic work tends to show that the oppression of women in the Arab world is due to an overly patriarchal interpretation of Islam and is not based on the theological reality of Islam; Asma Barlas – for whom Muslim feminism is a matter of social justice, to which every human being has right; Ziba Mir-Hosseini – who says it is not up to the government to make concessions to women, but to women to force the government to make these concessions.

The list is still long, and most are academic figures, who base their discourse on scholarly research.

Rima Karaki, and other modern initiatives

Apart from major movements, feminism – like all progressive phenomena – is also characterized by small initiatives. The latter have multiplied in recent years, and are gaining visibility. The Internet is there for something.

We all remember this fact, which became viral in 2015: a Lebanese journalist, Rima Karaki, cutting the microphone of her guest Hani Sibai, an Islamic sheikh, who had ordered her to « keep quiet ». She received all the sympathy of the web following this sequence, via a wave of support on the social networks.

The journalist had cut short the words of his interlocutor, in order to refocus the interview, since the latter extended too much for the short format of the show. The Sheikh will simply refuse to respond to the request, wishing to speak of what he wants as he wishes, and then attacking the journalist. The latter will hold him for several minutes before finally stopping the interview: « Or there is mutual respect or the conversation is over, » he said then.

Having thus held out to a guest is not trivial or easy in a patriarchal society like Lebanon, where women journalists are regularly confronted with misogyny. Rima Karaki later explained that she had veiled herself specifically for the sheikh’s interview, but that if she had not replied, she would have « hated herself »: « When he told me to close it, he More likely to be silent because it would be insulting to myself.  »

Older, but not insignificant: in order to bring the issue of sexual harassment back to center stage in 2005, Egyptian women’s activists from the Egyptian Association for Women’s Rights (ECWR) developed an interactive map of Cairo, where women can alert where they have been the victims of street harassment.

Arab Spring revolutions have intensified the flame of Arab feminism more than ever. Since then, social networks have been the theater of many campaigns. In 2012, the campaign « The uprising of women in the Arab world » (literally: the uprising of women in the Arab world) is launched. The concept is that women, but also men, pose with a face open by holding a sign that expresses their desire to see a new status of women in the Arab world assert themselves.

We saw it when speaking of Huda Sharawi, feminism in the Arab world did not wait for revolutions. However, one change is notable: it is no longer specifically the women of high social status who now dare to commit themselves. Samira Ibrahim is the first Egyptian to have denounced the practice of virginity tests, and she did so because she discovered during the Arab Spring that militancy for rights progression was possible.

The panel of Arab feminists is widening. Charlotte Bienaimée, in her book-survey published in early 2016, portrays these women aged between 18 and 35 years. She gives them the floor:

« Yes, I’m harassed. Yes, they touch me the ass, the genitals, OK, but it happens every day. I’m not going to tell that, it’s commonplace. And I find it awful that something like that becomes almost normal. » Sana, quoted by journalist Charlotte Bienaimée.

What is striking in these testimonies is the hope and optimism conveyed by this new generation of feminism in the Arabic world, which are integrated into a new era after and a century of history .

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Loïs Deville

Reporter, étudiante en sociologie, principalement dans le domaine du genre. Également spécialiste de la culture pop et geek.

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