Enquête • Les représentations politiques dans Star Wars : le régime politique, de la démocratie à la tyrannie

Padmé Amidala, incarnée par Natalie Portman.
[:fr]

La science-fiction est un vaste monde. De la Guerre des mondes de HG Wells à Star Wars, ce genre à la fois littéraire et télévisuel sait élaborer des « univers ». Parfois, ces univers s’inscrivent simplement dans le nôtre, dans un présent très réaliste, où la science est toutefois plus développée, et offre des possibilités élargies. D’autres fois, un univers peut paraitre irréaliste, car se situant dans un monde plutôt parallèle, ou dans un futur très lointain, où toutes les possibilités de la science sont mises à leur paroxysme et où, finalement, tout est alors imaginable. La possibilité de créer des univers neufs en toute liberté permet de proposer bien plus que du divertissement. C’est parfois très utile pour traiter et développer des concepts politiques. Dans cette enquête en trois épisodes, nous vous proposons d’explorer cela. Les épisodes 2 & 3 seront consacrés à une analyse approfondie de Star Wars comme parfait exemple de cette possibilité, tandis que le premier épisode est dédié à quelques autres exemples et généralités tirés de la science-fiction moderne.

Précédent épisode de l’enquête :
1/3 : De Isaac Asimov à Doctor Who, la politique dans la science-fiction

2/3 : le système politique dans Star Wars, ou comment une démocratie peut se transformer en tyrannie

Georges Lucas imagine dans Star Wars une organisation politique qui rassemble toutes les planètes, tous les systèmes solaires de la galaxie, sous la forme d’une République. Ce régime est en fait une fédération de planètes, souveraines, qui peuvent elles-mêmes prendre la forme d’une démocratie ou d’une monarchie. La République galactique est en soi une République parlementaire, où les sénateurs sont élus par les citoyens de leurs planètes. Ces sénateurs débattent sur des sujets de société et sur la législation en vigueur. Le Sénat galactique quant à lui est dirigé par un chancelier suprême, qui est élu. Ce dernier a la possibilité d’être démis de ses fonctions, mais aussi d’obtenir les pleins pouvoirs si cela est nécessaire.

Un système utopique ?

Lucas a ajouté au Sénat une touche de sagesse : le conseil Jedi, constitué de douze maîtres jedi. C’est une forme d’autorité spirituelle. Ils servent de conseillers pour les sénateurs, et sont une sorte de services secrets consacrés à la République, pouvant être de grands guerriers sur le champ de bataille. Mais ils ne peuvent pas prendre des décisions importantes au sujet de la justice ou des lois qui concernent la République galactique.

Ce conseil Jedi, en tout cas, peut être vu comme une forme de « checks and balances », un concept politique qui met au coeur d’un régime une optique de poids et de contre-poids : les pouvoirs d’un organe institutionnel sont limités par les pouvoirs d’un autre organe.

“La décadence de Rome commença quand l’immensité de l’Empire rendit impossible la République.” Montesquieu

A l’image de l’Empire romain, la République galactique va connaitre une décadence à cause de la multiplication des factions antagonistes en son sein. Pris au piège dans des débats sans fin, les sénateurs vont finalement donner les pleins pouvoirs exécutifs au Chancelier. Situation à l’origine exceptionnelle, ces pouvoirs seront finalement définitifs.

Star Wars dépeint donc une situation où une république devient, à cause de ses défauts, un empire autoritaire, ce revirement de situation étant mené par un politicien machiavélique qui a pu utiliser le contexte de la peur afin de monopoliser tous les pouvoirs, et empêcher tout retour en arrière. Cela pourrait être analysé comme un avertissement, face aux situations contemporaines qui peuvent permettre une telle dérive, et une critique des situations passées où la dérive a été au plus loin. La figure de l’empereur Palpatine est en effet assez similaire à celle de tyrans historiques du XIXe siècle : Hitler, Staline.

Des connexions entre Star Wars et l’histoire contemporaine

De nombreuses situations des épisodes IV, V et VI se réfèrent à une partie très spéciale de l’Histoire américaine : la Guerre d’indépendance de 1775. La lutte des agriculteurs et des rebelles contre un empire illégitime est semblable aux combats des américains pour leur indépendance contre l’Empire de Grande-Bretagne. Mais dans Star Wars, les rebelles demandent plus que seulement une  représentation. La figure du héros Luke Skywalker est similaire à un type de soldats de la guerre d’indépendance : les « Minutemen ». Ils étaient des agriculteurs guerriers, faisant partie de compagnies bien préparées, auto-formées. Ils se devaient d’être prêts en seulement une minute.

Le plus flagrant, cela reste les connexions de chaque trilogie vis-à-vis des deux périodes politiques durant lesquelles elles ont été réalisées : la guerre froide, et l’administration George W. Bush.

Des parallèles sont facilement possibles entre la première saga et les régimes nazis et soviétiques. Les uniformes impériaux ont été calqués sur les uniformes des régimes totalitaires. Le casque de Dark Vador a été créé sur le modèle du casque de Weimar. Enfin, les couleurs impériales sont en noir et rouge, celles utilisées par le régime nazi.

L’importance des deux armes apocalyptiques (Black Star / Death Star) ne relève pas non plus de la coïncidence. Georges Lucas met en scène des armes qui sont capables de détruire une planète entière en une seconde. C’est caractéristique du contexte de la terreur nucléaire pendant la Guerre froide.

Mais si Star Wars pourrait être vu comme une critique des régimes totalitaires, il serait une erreur de ne pas remarquer qu’il s’agit également d’une satire de la politique américaine moderne. A la fin de l’épisode VI, la lutte contre les petits ours de la jungle appelés Ewoks se réfère directement à la guerre du Vietnam. Nous pouvons en effet faire un parallèle entre la défaite de l’Empire et la défaite des États-Unis, dans le cadre d’une nation impérialiste qui voulait imposer son ordre à un petit peuple.

En 2001, Bush est devenu président des États-Unis. Les épisodes II et III ont été produits en 2002 et 2005. Ils sont pleins de références qui expriment les oppositions de George Lucas à la politique de Bush. Lucas était fermement opposé au Patriot Act, voté après le 11 septembre, et il était également contre la militarisation des interventions internationales des États-Unis. Or, ce processus de militarisation est on ne peut plus similaire à celui représenté dans Star Wars, après que Palpatine ait obtenu les pleins pouvoirs. La création d’une armée de clones qui doit protéger la République galactique doit alors être comprise comme une critique du rôle de l’armée des États-Unis au niveau international et à la façon dont les États-Unis tentent d’imposer leur ordre au reste du monde.

Une autre scène, très métaphorique, est à noter. En 2001, George Bush a prononcé cette fameuse phrase : « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes ». Cette simplification absolue de la situation internationale est pointée du doigt dans Star Wars, quand Lucas fait dire à Anakin (futur Dark Vador), « si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes mon ennemi ».

Pour l’anecdote, dans le registre des retombées politiques concrètes en dehors des métaphores de fiction, le président américain Ronald Reagan a affublé son « Initiative de défense stratégique » du titre de « programme Star Wars », ce qui a d’ailleurs bénéficié à la popularité de Reagan. Georges Lucas a poursuivi l’administration pour avoir utilisé ce nom… mais il a perdu le procès.

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La science-fiction est un vaste monde. De la Guerre des mondes de HG Wells à Star Wars, ce genre à la fois littéraire et télévisuel sait élaborer des « univers ». Parfois, ces univers s’inscrivent simplement dans le nôtre, dans un présent très réaliste, où la science est toutefois plus développée, et offre des possibilités où nombreuses conséquences. D’autres fois, un univers peut paraitre irréaliste, car se situant dans un monde plutôt parallèle, ou dans un futur très lointain, où toutes les possibilités de la science sont mises à leur paroxysme et où, finalement, tout est alors possible. La possibilité de créer des univers neufs en toute liberté permet de proposer bien plus que du divertissement. C’est parfois très utile pour traiter et développer des concepts politiques. Dans cette enquête en trois épisodes, nous vous proposons d’explorer cela. Les épisodes 2 & 3 seront consacrés à une analyse approfondie de Star Wars comme parfait exemple de cette possibilité, tandis que le premier épisode est dédié à quelques autres exemples et généralités tirés de la science-fiction moderne.

2/3 : le système politique dans Star Wars, ou comment une démocratie peut se transformer en tyrannie

Georges Lucas imagine une organisation politique qui rassemblent toutes les planètes, tous les systèmes solaires de la galaxie, sous la forme d’une République. Ce régime est en fait une fédération de planètes, souveraines, qui peuvent elles-mêmes prendre la forme d’une démocratie ou d’une monarchie. La République galactique est une République parlementaire, où les sénateurs sont élus par les citoyens de leurs planètes. Ces sénateurs débattent sur des sujets cruciaux, comme les lois, la justice. Le Sénat galactique quant à lui est dirigé par un chancelier suprême qui est élu. Ce dernier a la possibilité d’être démis de ses fonctions, mais aussi d’obtenir les pleins pouvoirs si cela est nécessaire.

Un système utopique ?

Lucas a ajouté au Sénat une touche de sagesse : le conseil Jedi, constitué de douze maîtres jedi (une forme d’autorité spirituelle). Ils servent de conseillers pour les sénateurs, et sont une sorte de services secrets consacrés à la République, pouvant aussi être de grands guerriers sur le champ de bataille. Mais ils ne peuvent pas prendre des décisions importantes au sujet de la justice ou des lois qui concernent la République galactique.

Ce conseil Jedi, en tout cas, peut être vu comme une forme de « checks and balances », un concept politique qui met au coeur d’un régime une optique de poids et de contre-poids : les pouvoirs d’un organe institutionnels sont limités par les pouvoirs d’un autre organe.

“La décadence de Rome commença quand l’immensité de l’Empire rendit impossible la République.” Montesquieu

A l’image de l’Empire romain, la République galactique va connaitre une décadence à cause de la multiplication des factions antagonistes en son sein. Pris au piège dans des débats sans fin, les sénateurs vont finalement donner les pleins pouvoirs exécutifs au Chancelier. Situation à l’origine exceptionnelle, ces pouvoirs seront finalement définitifs.

Star Wars dépeint donc une situation où une république peut devenir un empire, et comment un politicien machiavélique peut utiliser le contexte de la peur afin de monopoliser tous les pouvoirs, et empêcher tout retour en arrière. Cela pourrait être analysé comme un avertissement, face aux situations contemporaines qui peuvent permettre une telle dérive, et une critique des situations passées où la dérive a été au plus loin. La figure de l’empereur Palpatine est en effet assez similaire à celle de tyrans historiques du XIXe : Hitler, Staline.

Des connexions entre Star Wars et l’histoire contemporaine

De nombreuses situations des épisodes IV, V et VI se réfèrent à une partie très spéciale de l’Histoire américaine : la Guerre d’indépendance de 1775. La lutte des agriculteurs et des rebelles contre un empire illégitime est semblable aux combats des américains pour leur indépendance contre l’Empire de Grande-Bretagne. Mais dans Star Wars, les rebelles demandent plus que seulement une  représentation. La figure du héros Luke Skywalker est similaire à un type de soldats de la guerre d’indépendance : les « Minutemen ». Ils étaient des agriculteurs guerriers, faisant partie de compagnies bien préparées, auto-formées. Ils se devaient d’être prêts en seulement une minute.

Le plus flagrant, cela reste les connexions de chaque trilogie vis-à-vis des deux périodes politiques durant lesquelles elles ont été réalisées : la guerre froide, et l’administration George W.Bush.

Des parallèles sont facilement possibles entre la première saga et les régimes nazis et soviétiques. Les uniformes impériaux sont vraiment semblables à des uniformes soviétiques ou nazis. Le casque de Dark Vador a été créé sur le modèle du casque de Weimar. Enfin, les couleurs impériales sont en noir et rouge.

L’importance des deux armes apocalyptiques (Black Star / Death Star) ne relève pas non plus de la coïncide. Lucas met en scène des armes qui sont capables de détruire une planète entière en une seconde. C’est caractéristique du contexte de la terreur nucléaire pendant la Guerre froide.

Mais si Star Wars pourrait être vu comme une critique des régimes totalitaires, il serait une erreur de ne pas remarquer qu’il s’agit également d’une satire de la politique américaine. A la fin de l’épisode VI, la lutte contre les petits ours de la jungle appelés Ewoks se réfère directement à la guerre du Vietnam. Nous pouvons en effet faire un parallèle entre la défaite de l’Empire et la défaite des États-Unis, dans le cadre d’une nation impérialiste qui voulait imposer son ordre à un petit peuple.

En 2001, Bush est devenu président des États-Unis. Les épisodes II et III ont été produits en 2002 et 2005. Ils sont pleins de références qui expriment les oppositions George Lucas à la politique de Bush. Lucas était fermement opposé au Patriot Act, voté après le 11 septembre, et il était également contre la militarisation des interventions internationales des États-Unis. Or, ce processus de militarisation est on ne peut plus similaire à celui représenté dans Star Wars, après que Palpatine ait obtenu les pleins pouvoirs. La création d’une armée de clones qui doit protéger la République galactique doit alors être comprise comme une critique du rôle de l’armée des États-Unis au niveau international et à la façon dont les États-Unis tentent d’imposer leur ordre au reste du monde.

Une autre scène, très métaphorique, est à noter. En 2001, George Bush a prononcé cette fameuse phrase : « Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes ». Cette simplification absolue de la situation internationale est pointée, quand Lucas fait dire à Anakin (futur Dark Vador), « si vous n’êtes pas avec moi, vous êtes mon ennemi ».

Dans le registre des retombées politiques concrètes, en dehors des métaphores de fiction,

You all know about the parallel between Star Wars and Ronald Reagan Strategic Defence Initiative and the fact that calling it Star Wars programme really benefited to Reagan’s popularity. This political using of Star Wars not really pleased to George Lukas who sued Reagan’s administration for using the name but… he lost the trial.

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